Le champ des possibles s’ouvre en immunothérapie

380

Thérapie cellulaire, anticorps et médicaments immuno-modulateurs, sous de multiples formes l’immunothérapie élargit ses recherches. De nouvelles voies sont explorées avec, à la clé, des résultats probants. Le point avec le Pr Gilles Salles, professeur d’hématologie à l’hôpital Lyon Sud, Hospices civils de Lyon.

Les nouveaux traitements d’immunothérapie, comme les anti-PD1/PDL1 ou les thérapies cellulaires CAR-T, ont révolutionné la prise en charge des cancers. Leurs mécanismes d’action agissent désormais dans plusieurs aires thérapeutiques. Les combinaisons entre traitements se multiplient pour construire le schéma le plus adapté et le plus personnalisé.

Une voie dans laquelle, nous, médecins, sommes engagés, explore les combinaisons de traitements pour améliorer la qualité des lymphocytes T avant prélèvement en vue de fabriquer des CAR-T d’encore meilleure qualité.


Pr Gilles Salles

Les car-T enfin approuvées

Depuis l’été 2018, les CAR-T ont été approuvées en Europe pour traiter deux cancers du sang chez les patients en situation d’échec thérapeutique : le lymphome B à grandes cellules et la leucémie aiguë lymphoblastique B de l’enfant.

« Ces traitements sont construits à partir des propres cellules immunitaires T du patient, qui sont transformées en laboratoire pour les rendre capables de s’attaquer spécifiquement à une tumeur. Seul un petit nombre de cellules modifiées (de 100 à 200 millions) est réinjecté dans le corps du patient. Elles se démultiplient jusqu’à 100 000 fois dans l’organisme pour venir détruire les cellules tumorales », explique le Pr Gilles Salles. En France, 15 à 20 centres réalisent aujourd’hui des traitements par CAR-T. Avec l’épidémie de Covid-19, certains centres de traitement ont toutefois dû réduire momentanément leur activité dans les régions les plus touchées.

De nouveaux traitements dans les cancers du sang

Un nouveau CAR-T traite désormais le lymphome à cellules du manteau, maladie jusqu’à présent incurable. Deux tiers des patients, pourtant réfractaires à trois voire quatre traitements, ne rechuteront pas à un an. Autre innovation : une thérapie cellulaire contre le lymphome folliculaire, qui donne des taux de réponses complètes pour 4 patients sur 5, sur une durée d’un an (pour 70  % d’entre eux). La thérapie cellulaire s’attaque aussi désormais à la leucémie lymphoïde chronique (formes graves et patients jeunes), pathologie qui a bénéficié ces dernières années de plusieurs nouveaux médicaments par voie orale. Traiter le myélome multiple sera la prochaine étape de la thérapie cellulaire, maladie incurable et fréquente, avec 4 000 nouveaux cas en France par an. Car, malgré la foison de nouveaux traitements, chez la plupart des patients la maladie échappe à ceux-ci à moyen ou long terme. Parallèlement, de nouvelles voies de CAR-T dirigées contre d’autres antigènes cellulaires pourraient bientôt traiter d’autres formes de lymphomes et de leucémies. Enfin, les premiers résultats des CAR-T allogéniques, traitements des cancers du sang à base de cellules humaines saines et anonymes et non plus de celles du patient, commencent à se présenter.

Des progrès dans les tumeurs solides

La thérapie cellulaire entend aussi s’attaquer aux tumeurs solides ainsi qu’à certaines maladies immunologiques ou infectieuses. « Outre les CAR-T, d’autres manières d’activer les lymphocytes du patient malade pour qu’il combatte la maladie existent, ajoute le professeur. Dans les tumeurs solides, les immunothérapies anti-PD1 et anti-PDL1 et en hématologie les anticorps bi-spécifiques, qui ciblent à la fois la cellule tumorale et la cellule T, donnent des réponses et des résultats très intéressants. » Dans le myélome, le lymphome et bientôt d’autres maladies du sang, de nouvelles combinaisons vont associer de nouveaux anticorps à des médicaments immuno-modulateurs oraux. « Enfin, une voie dans laquelle, nous, médecins, sommes engagés, explore les combinaisons de traitements pour améliorer la qualité des lymphocytes T avant prélèvement. Et cela, en vue de fabriquer des CAR-T d’encore meilleure qualité », souligne le Pr Gilles Salles. Ou encore, combiner la thérapie cellulaire avec ces médicaments immuno-modulateurs pour augmenter les chances de succès… des pistes qui ne s’opposent pas, mais se complètent.

Christine Colmont

photo © HCL / DR

Article extrait du dossier Grand Angle – Spécial Hépatologie, réalisé par CommEdition, paru dans Le Monde daté du 8 octobre 2020