AU CŒUR DES RECHERCHES CLINIQUE ET FONDAMENTALE

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Lever les barrières entre les disciplines pour répondre aux besoins médicaux, telle est la démarche de la recherche en hématologie. Explications du Pr Olivier Hermine, Chef du service Hématologie à l’hôpital Necker,  Assistance publique des Hôpitaux de Paris, Institut Imagine, Inserm U1123-Université de Paris et membre de l’Académie des sciences.

Décloisonner et adopter une réflexion globale

L’hématologie recouvre la compréhension et le diagnostic des maladies bénignes et malignes des cellules sanguines et de la coagulation, ainsi que de leur traitement (chimiothérapie, transfusions, thérapies ciblées, immunothérapie, etc). Si elles varient dans leur expression et leur prise en charge, ces pathologies peuvent avoir des points communs dans leur physiopathologie et éventuellement dans leur traitement. Une logique de réflexion globale peut établir des ponts entre elles et trouver des applications dans divers domaines, même au-delà de l’hématologie. En paraphrasant Jacques Monod, la logique du vivant est la même pour toutes les cellules.

Des pathologies malignes à la recherche fondamentale et vice versa

L’observation clinique d’effets thérapeutiques ou au contraire une démarche scientifique rationnelle ont permis de comprendre et de traiter au mieux les hémopathies malignes.  Par exemple aujourd’hui, la chimiothérapie en guérit plus de la moitié et les mécanismes de résistances sont en voie d’être élucidés. Avec une démarche scientifique expérimentale, le traitement de la leucémie myéloïde chronique, une maladie incurable et réfractaire à la chimiothérapie, a été possible grâce à sa caractérisation clinique précise, à l’identification du chromosome Philadelphie dans les années 1960, au décryptage de ses conséquences moléculaires dans les années 1980 et,  au final,  un traitement spécifique dans les années 2000 qui permet la guérison sans chimiothérapie. Aujourd’hui, grâce aux progrès de la biologie, on peut espérer reproduire un tel modèle qui a pris quarante ans de recherche, à moins de cinq ans pour d’autres pathologies.

L’étude des maladies du sang éclaire la biologie fondamentale et permet des révolutions thérapeutiques

Par exemple, l’étude de la physiologie et des pathologies des globules rouges comme les thalassémies ou la drépanocytose ont fait faire de nombreux progrès en biologie fondamentale (dans la compréhension des mécanismes de fonctionnement des protéines, la régulation de l’expression des gènes, la réponse à l’hypoxie) et a abouti à des traitements innovants comme la thérapie génique dans les maladies de l’hémo- globine ou le traitement de cancers, maladies cardiovasculaires, inflammatoires et/ou dégénératives. La dynamique de l’hématologie, à la fois clinique et biologique, doit rester ouverte à toutes les disciplines médicales, maintenir des liens forts avec la recherche académique et aboutir à des collaborations avec les biotechnologies et l’industrie, au profit  des patients et de la connaissance scientifique. 

Gézabelle Hauray

Photo : AP-HP/ DR

Article extrait du dossier Grand Angle – Spécial Entorse de la cheville, réalisé par CommEdition, paru dans Le Monde daté du 10 décembre 2020