Une inquiétante progression de la stéatose hépatique

91

Conséquence de nos changements alimentaires et d’un manque d’activité physique, la stéatose hépatique toucherait près de un quart de la population mondiale ! Le Pr Vlad Ratziu, professeur d’hépatologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, présente les enjeux médicaux posés par cette maladie.

Quels sont les grands progrès dans les traitements des maladies hépatiques ?
Sans nul doute les avancées dans les hépatites virales, avec l’arrivée de traitements efficaces, qui permettent à présent la guérison (hépatite C) ou le contrôle au long cours de la maladie (hépatite B). Par contre, la stéatohépatite non alcoolique (NASH en anglais) est une maladie en plein essor, favorisée par les changements diététiques et de style de vie. Elle survient chez des individus en surpoids, avec des complications métaboliques comme le diabète, l’hypertension artérielle, les dyslipidémies ou encore l’apnée du sommeil.

il faut éduquer les patients de la nécessité du dépistage et d’un diagnostic précis.

Quelles sont les conséquences de la NASH ?

Alors que la majorité des sujets ayant un foie gras métabolique n’aura pas de conséquences néfastes, une partie des patients atteints de NASH va lentement abîmer le foie ce qui résultera à terme dans l’apparition d’une cirrhose et parfois d’un cancer primitif du foie. On peut en effet avoir une cirrhose sans avoir bu d’alcool ni être infecté par les virus des hépatites ! Le danger est que, souvent, les patients ne ressentent rien et la maladie passe inaperçue. D’où l’importance d’identifier les personnes à risque et parmi ceux-là, ceux ayant une forme évolutive. Cette progression est lente mais au-delà d’un niveau de sévérité le traitement par le régime et l’activité physique ne suffit plus. Au stade de cirrhose et de cancer du foie, les traitements sont malheureusement très limités, d’où l’intérêt d’agir en amont et prévenir l’apparition de ces complications.
On estime que dans la population mondiale, 20 millions de personnes pourraient mourir de cette maladie.

Comment réagir à ces chiffres impressionnants ?

En commençant par informer efficacement les professionnels de santé et le grand public sur l’effet délétère sur le foie du surpoids, d’une alimentation trop riche et du manque d’exercice physique. Ensuite il faut éduquer les patients de la nécessité du dépistage et d’un diagnostic précis. On peut maintenant, grâce à des examens sanguins simples et à une échographie du foie, savoir quels sujets à risque adresser chez le spécialiste hépatologue, pour des investigations spécialisées.

Existe-t-il des traitements ?

Les deux traitements les plus prometteurs, l’acide obeticholique et l’elafibranor sont actuellement à l’essai dans de grandes études internationales visant à confirmer leur efficacité et sécurité d’emploi. Chacun a fait la preuve préliminaire de leur efficacité. De nombreuses autres molécules sont à l’étude. L’essentiel est que ces essais puissent être menés à terme car il n’y a pas d’autre voie pour emmener des médicaments à la disposition des patients. Il est donc nécessaire que les patients participent à ces essais thérapeutiques, qui sont encadrés par une législation et des considérations éthiques très strictes. De grands travaux de recherche collaboratifs, académiques et industriels sont actuellement menés afin de comprendre, dépister et juguler la maladie.

Propos recueillis par Anne Pezet