Promouvoir la culture de l’innovation

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Pr Guy Vallancien, chirurgien urologue, président de la CHAM, membre de l’Académie Nationale de Médecine

A la fois diagnostique, thérapeutique, technologique et organisationnelle, l’innovation en santé accélère à grande vitesse. Elle va considérablement bouleverser les modalités de délivrance des soins dans la décennie qui s’ouvre. Trois disciplines vont plus précisément y contribuer. La génomique, d’abord, dont la puissance d’analyse du capital génétique humain se décuple, nous aide déjà à prédire des maladies et à en guérir d’autres. La médecine personnalisée, ensuite, permet d’adapter les traitements au profil spécifique de chaque patient. La robotique, enfin, couplée à l’intelligence artificielle, tend à se substituer aux gestes médicaux humains dans de nombreuses spécialités comme la chirurgie, la cardiologie, la dermatologie, l’anatomo-cyto-pathologie. Si quelques spécialités pourraient disparaître, il faut néanmoins balayer des clichés faciles : jamais la machine ne supplantera l’homme. C’est le médecin qui conservera la décision.

Investir massivement dans l’IA en santé

L’exercice de la médecine et l’organisation des soins vont donc se métamorphoser dans les années à venir. La ministre de la Santé annonce une hausse de 20 % des médecins dans dix ans, alors qu’il en faudrait 25 % en moins ! Leur fonction devra évoluer  : ils devront être les chefs d’orchestre d’équipes multidisciplinaires, comprenant notamment des spécialistes du numérique et de la gestion de données. Il faut par ailleurs investir dans des nouveaux métiers en cours de constitution, telles les infirmières de pratique avancée (IPA). Elles pourraient, demain, assurer de 30 à 50 % des missions de soins et de suivi des patients.

Enfin, à brève échéance, l’Europe doit relever un défi majeur en termes de compétitivité : elle prévoit d’investir 20 milliards d’euros, dans les cinq ans à venir, pour le développement de l’IA. C’est cinq à dix fois moins qu’en Chine ou aux Etats-Unis !

A défaut d’augmenter l’effort, nous courons le risque que des solutions étrangères, conçues hors du cadre éthique posé par le RGPD, s’imposent sur nos marchés.

Article extrait du dossier Grand Angle – Spécial innovations santé, réalisé par CommEdition, paru dans Le Monde daté du 27 avril 2019