Pas de libre circulation des praticiens en Europe sans garde-fous

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Près d’un an après le Grenelle de la santé bucco-dentaire, organisé en janvier dernier à l’initiative de l’Ordre des chirurgiens-dentistes, le bilan est encourageant. Il a notamment abouti à la rédaction d’un Livre blanc, formulant 23 propositions concrètes en matière de prévention, de formation, de démographie et de financement.

Cette feuille de route esquisse l’avenir d’une profession marquée par de fortes évolutions sociales, déontologiques et technologiques. Il revient aux différentes parties prenantes (autorités de tutelle, syndicat, universités, industriels…) de mener à bien les réformes nécessaires.
Par ailleurs, la question de l’accès aux soins dentaires pour les publics les plus vulnérables (handicapés, personnes défavorisées, personnes âgées en EHPAD…) fait notamment partie des priorités en termes d’organisation des soins.
Pour l’Ordre des chirurgiens-dentistes, un autre chantier appelle à la mobilisation. La présentation d’une thèse en Juillet 2016 défendue par un jeune confrère a montré de grandes disparités dans l’enseignement odontologique en Europe. Selon lui, 10% des étudiants diplômés n’auraient jamais réalisé d’examen clinique ni réalisé d’actes de base. 12% n’auraient jamais élaboré un plan de traitement et un tiers d’entre eux n’aurait jamais réalisé de prothèse fixe ni rédigé de prescription médicamenteuse. Un tel constat est évidemment alarmant, à l’heure de la libre circulation des praticiens sur le territoire de l’Union européenne. En France, sur les 1700 nouveaux inscrits l’an dernier, 500 ont été diplômés hors de France. Peut-on imaginer de laisser de jeunes praticiens sans expérience clinique prendre en charge des patients ? C’est pourquoi l’Ordre des chirurgiens-dentistes a interpellé la Commission européenne et les autorités de tutelle, afin que des évaluations des différents dispositifs de formation soient menées dans l’ensemble des pays européens. De plus, des modifications de la directive sur la reconnaissance des qualifications seront nécessaires. De même qu’il n’y a pas de « marché » sans confiance –et donc sans règles ni contrôles- il ne peut, et encore moins, exister une libre circulation des professionnels médicaux sans garde-fous.

Gilbert Bouteille, président de l’Ordre national des chirurgiens-dentistes