« L’équilibre de la bouche, un défi de santé publique »

168

Olivier Sorel, président de la Société Française d’Orthopédie Dento-Faciale, reconnue d’utilité publique.

Vous êtes président de la Société Française d’Orthopédie Dento-Faciale (SFODF). Quelles sont les spécificités de votre discipline ?

L’Orthodontie regroupe à la fois l’Orthopédie Dento-Faciale, qui prend en charge les décalages des mâchoires souvent dus à l’impact des dysfonctions oro-faciales sur la croissance, et l’Orthodontie qui vise à corriger les malpositions dentaires essentiellement dues à des déséquilibres plus localisés. Le but de ces disciplines est d’assurer un équilibre entre la forme et la fonction. En vingt ans, notre spécialité a connu des avancées considérables sur le plan fondamental des connaissances scientifiques, ainsi que sur le plan clinique des techniques interventionnelles. La littérature démontre l’importance d’une bouche équilibrée et d’un bon alignement dentaire, afin de prévenir des conséquences sur la santé du patient. Rétablir une anatomie des arcades dentaires et des fonctions oro-faciales « normales », par exemple une mastication bilatérale alternée, permet d’intercepter le cercle vicieux malformatif et d’engager un cercle vertueux où la correction de la forme trouve sa pérennité dans l’équilibre des fonctions. En ce sens, notre discipline s’inscrit à part entière parmi les sciences médicales.

L’orthodontie répond à des motivations médicales comme, par exemple, la prise en charge de l’apnée du sommeil qui est un problème de Santé Publique.

Ces soins s’adressent-ils essentiellement aux enfants ou les adultes sont-ils également concernés ?

Les périodes de l’enfance et de l’adolescence sont des moments-clé pour intervenir, car la croissance peut servir une correction harmonieuse. A cet âge, il faut intercepter les dysfonctions comme la ventilation buccale qui a un impact négatif sur la croissance. Respirer par la bouche au repos n’est pas normal. Cela perturbe les postures de la tête et du corps, bride le développement du palais et de la mandibule, perturbe le sommeil avec des conséquences sur le comportement ou sur les apprentissages. On estime que 50% d’une classe d’âge est suivie. Les adultes sont de plus en plus demandeurs de soins d’orthodontie. La correction d’un sourire disgracieux améliore la confiance en soi, la relation à autrui et globalement le bien-être, composante de la santé reconnue par l’OMS. L’orthodontie répond à des motivations médicales comme, par exemple, la prise en charge de l’apnée du sommeil qui est un problème de Santé Publique. La correction d’un palais étroit et d’une petite mandibule est un traitement efficace. Chez l’enfant, le traitement est orthopédique. Chez l’adulte, l’orthodontie doit être couplée à la chirurgie orthognathique. Dans les deux cas, la rééducation des dysfonctions est nécessaire.

La dimension médicale de notre spécialité est de plus en plus prégnante, tant sur le plan étiologique, diagnostique, pronostique que thérapeutique. La recherche génétique apporte des données de plus en plus concrètes. L’Orthodontie est impliquée dans des collaborations avec l’Odontologie, mais aussi avec l’ORL, la Pneumologie, la Chirurgie Pédiatrique, la Chirurgie Orthognathique, la Génétique…