Améliorer la bien-traitance dans les maternités

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Pr Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF)

Après un mouvement de dénonciation de violences obstétricales émises par des patientes, des associations mais aussi le secrétariat d’État chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, les gynécologues se sont remis en question. Si le chiffre est difficile à évaluer, d’après une extrapolation de l’enquête périnatale, environ 5 % des femmes vivraient mal leur grossesse et/ou leur accouchement. Ce qui est considérable au vu des quelque
750 000 naissances par an en France. Des actes ou des propos inadaptés sont notamment en cause.

Pour éviter de telles situations, le CNGOF a créé un label pour distinguer les maternités bienveillantes. Cette démarche de qualité permet d’évaluer les pratiques à travers la mesure épidémiologique directe du vécu des femmes. Innovant, cet outilunique vit à travers l’application Maternys, prescrite par les gynécologues des maternités labellisées.

Si certains médecins sont encore réticents, nous attendons de cette transparence qu’elle fasse évoluer les pratiques.

Maternys permet aux femmes qui le souhaitent d’accéder à une information très pertinente et documentée. Les futures mères sont ainsi mieux à même d’ouvrir le dialogue avec leur médecin. L’application permet également d’apporter aux femmes une transparence sur les soins (taux d’épisiotomie, de césarienne, de déclenchement et d’extraction instrumentale). Le label est octroyé uniquement aux établissements dont les taux sont conformes aux attentes. Si certains médecins sont encore réticents, nous attendons de cette transparence qu’elle fasse évoluer les pratiques. Le dernier objectif de Maternys est de systématiser les explications concernant les gestes réalisés en urgence (césarienne, gestion d’une hémorragie, etc.) qui peuvent générer la survenue de stress post-traumatique. Cette explication peut être donnée a posteriori, mais elle doit être donnée.

Adoptée par 80 des 489 maternités françaises, cette première version sera enrichie pour favoriser la bienveillance. Nous attendons désormais une mobilisation des autorités et des Agences régionales de santé (ARS) pour en faire bénéficier toutes les femmes, notamment en prenant en charge le coût d’accès à cet outil qui est de 5 € par grossesse. Cette démarche serait un premier pas vers l’égalité des soins.

Article extrait du dossier Grand Angle – Spécial Innovation en santé, réalisé par CommEdition, paru dans Le Monde daté du 20 juin 2020

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