L’impact global du traitement hormonal de la ménopause

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Longtemps discrédité, le traitement hormonal de la ménopause (THM) est désormais réhabilité. Avec le Pr Patrice Lopès, professeur émérite à l’université de Nantes, gynécologue et chirurgien à la polyclinique Elsan Atlantique de Saint-Herblain, nous faisons le point sur l’impact de ce traitement chez les patientes en phase de transition hormonale.

Quelles sont les conséquences de la ménopause ?

La ménopause survient généralement aux alentours de 50 ans. À cette étape, la sécrétion d’estrogènes et de progestérone s’arrête. C’est l’absence d’estrogènes qui est responsable des troubles de la ménopause caractérisés par les quatre symptômes du syndrome climatérique : des bouffées de chaleur qui peuvent être extrêmement déstabilisantes notamment sur le plan professionnel, des sueurs nocturnes, un syndrome génito-urinaire défini, entre autres, par une sécheresse vaginale ou des douleurs lors des rapports sexuels ; ainsi que des douleurs articulaires. Une tendance dépressive peut également être observée en périménopause. Quelque 85 % des femmes présentent des signes du climatère, 65 % entre 50 et 55 ans. Statistiquement, les femmes qui souffrent de ces symptômes en périménopause ont plus de risque d’en souffrir dix ans après. Cela représente 30 à 40 % des femmes. La ménopause peut également être associée à l’ostéoporose qui augmente le risque fracturaire au niveau des poignets, des vertèbres et du col du fémur. La ménopause entraîne donc de nombreux bouleversements. Vers 50 ans, il est donc conseillé de faire un bilan de santé globale, cardiologique et gynécologique.

Quels sont les traitements hormo-naux de la ménopause en France ?

Il est important d’aller au-delà des résultats de l’étude américaine de 2002 (1) dans laquelle des estrogènes équins et un progestatif de synthèse (MPA) étaient utilisés. Ce qui n’est pas le cas en France où le choix des traitements se fait en fonction de leur mode d’administration : voie cutanée pour le patch et le gel, et voie orale pour les comprimés. Si ces deux voies sont envisageables chez une femme en début de ménopause ne présentant pas de facteur de risque cardio-vasculaire, la voie cutanée est à privilégier dans certaines situations : facteurs de risque cardio-vasculaire ou thrombotique, surpoids important, glycémie élevée ou hypertriglycéridémie. En effet, les estrogènes transdermiques, non métabolisés par le foie, présentent l’avantage de ne pas modifier pas les facteurs de la coagulation ou du métabolisme des lipides produits au niveau hépatique.

Quels sont les bénéfices d’un traitement hormonal ?

À court terme, le THM a un effet bénéfique sur l’ensemble des signes du climatère. En agissant sur l’humeur et les troubles du sommeil, il a également un impact sur la tendance dépressive. À long terme, le THM est également l’un des meilleurs traitements préventifs de la perte osseuse. Un traitement de cinq à sept ans entre 50 et 60 ans est nécessaire pour tirer un bénéfice au-delà de la période thérapeutique, même si ce dernier diminue après 80 ans. Le THM agit également en retardant l’apparition du diabète de type 2 et en réduisant le risque de cancers digestifs (œsophage, estomac, foie, pancréas et colon-rectum). Enfin, les femmes qui bénéficient d’un THM font l’objet d’un suivi médical annuel attentif, ce qui n’est pas forcément le cas des autres.

Quels sont les risques du traitement hormonal de la ménopause ?

Certaines études de cohortes montrent un risque de cancer du sein plus élevé avec certains THM. Le risque est faible, évalué à six cancers du sein supplémentaires pour 1 000 femmes traitées pendant dix ans (2) ce risque est diminué par l’usage de la progtérone naturelle. C’est pourquoi le THM est contre-indiqué en cas de cancer du sein connu ou suspecté, d’autres tumeurs estrogéno-dépendantes comme le cancer de l’endomètre, ou d’antécédents d’accidents vasculaires cardiaques ou cérébraux. En effet, une augmentation de l’incidence du risque thrombo-embolique veineux serait imputable à la prescription orale des estrogènes et à certains progestatifs. Les facteurs de risque et les antécédents de chaque femme doivent faire l’objet d’un bilan médical attentif.

Quelles sont les femmes éligibles à ce type de traitement ?

Le THM est recommandé aux femmes, ne présentant pas de contre-indication, dans les dix ans qui suivent l’installation de la ménopause, soit entre 50 et 60 ans.

De nouvelles données publiées en 2017 montrent que, dans cette tranche d’âge, le THM apporte un bénéfice sur la mortalité. Cette tendance se maintient jusqu’à dix-huit ans après l’arrêt des traitements, même s’il n’était plus statistiquement significatif. Cette protection reposerait sur l’effet préventif des estrogènes sur l’apparition de plaques d’athérome au niveau d’artères en bonne santé. C’est pour cela que le TMH doit être donné en début de ménopause. Au-delà de 60 ans, l’effet peut être inverse et les estrogènes peuvent déstabiliser les plaques d’athérome déjà présentes et augmenter le risque cardiovasculaire. Les bénéfices des THM sont donc largement supérieurs aux risques, surtout chez les femmes de 50 à 60 ans. Chaque prescription de THM doit être réalisée au cas par cas et associée à une réévaluation annuelle de l’indication et de la balance bénéfice/risque

Propos recueillis par Gézabelle Hauray

1) étude WHI (Women’s Health Initiative). Rossouw JE, Anderson GL, Prentice RL, LaCroix AZ, Kooperberg C, Stefanick ML, et al. Risks and benefits of estrogen plus progestin in healthy postmenopausal women: principal results from the Women’s Health Initiative randomized controlled trial. JAMA. 2002; 288.
2) Valerie Beral-University of Oxford-1997.

Article extrait du dossier Grand Angle – Spécial Innovation en santé, réalisé par CommEdition, paru dans Le Monde daté du 20 juin 2020

Photo : DR