Pour une stratégie globale et cohérente

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Pr Nicolas Danchin, Hôpital européen Georges-Pompidou.

L’équation est simple : avec le vieillissement démographique, les affections cardiovasculaires deviendront plus fréquentes. Face à ces enjeux, devons-nous accepter l’inéluctable ? Les trente dernières années montrent qu’il est possible d’agir. Pour donner une idée des progrès déjà accomplis, prenons le cas de l’infarctus du myocarde. Depuis 1995, nous avons organisé un programme quinquennal de cohortes de patients ayant fait un infarctus, qui recensent tous les soins délivrés à l’hôpital et suivent les patients pendant dix ans : en 1995, près de 20 % des patients décédaient dans les six mois après un infarctus ; ils ne sont plus que 5 à 6 % actuellement. Cette baisse spectaculaire de mortalité a été obtenue grâce à plusieurs approches innovantes : amélioration de la prévention (meilleure prise en charge du cholestérol et de l’hypertension, diminution du tabagisme, à l’exception des femmes jeunes), recours plus fréquent au Samu en cas de douleur thoracique prolongée, utilisation de techniques de débouchage des artères plus performantes, arsenal médicamenteux amélioré et adapté à chaque patient, efforts en matière de réadaptation et d’éducation thérapeutique… C’est ce type d’approche, globale, cohérente, interdisciplinaire, prenant en compte toutes les dimensions du soin et de l’accompagnement du patient, qui a permis ces progrès.

En 1995, près de 20 % des patients décédaient dans les six mois après un infarctus ; ils ne sont plus que 5 à 6 % actuellement.

Nicolas Danchin

Les pathologies cardio-vasculaires ne doivent pas être une fatalité : en poursuivant ces efforts coordonnés, nous pourrons continuer à en réduire le risque. Les défis sont nombreux et le combat n’est pas définitivement gagné, comme le montrent l’augmentation de facteurs de risque tels l’obésité ou le diabète, la fréquence croissante des infarctus chez les femmes jeunes ou l’incidence préoccupante de l’insuffisance cardiaque. D’autres facteurs, environnementaux (pollution) ou génétiques, devront être pris en compte.

Il faut poursuivre l’information du grand public, développer encore plus les filières de prise en charge, et faire en sorte que la France ne soit plus à la traîne dans la mise à disposition de nouveaux médicaments ou de nouvelles techniques d’intervention. Les autorités de santé doivent nous y aider.

Photo : © HGP / DR

Article extrait du dossier Grand Angle – Spécial Cardiologie, réalisé par CommEdition, paru dans Le Monde daté du 28 septembre 2019