L’importance de l’innovation dans la lutte contre le cancer

Senior Vice-Président du Développement clinique en Oncologie chez Gilead Sciences, Bill Grossman fait le point sur les ambitions du groupe américain pour contribuer à la lutte contre le cancer.

Quel regard portez-vous sur la prise en charge des cancers aujourd’hui ?

Le cancer reste un défi majeur pour la santé publique : dans le monde, chaque heure, plus d’un millier de personnes continuent d’en mourir. Mais la recherche ne cesse de progresser, avec l’arrivée en continu d’innovations thérapeutiques qui permettent de gagner pas à pas sur la maladie. Depuis cinq ans, plus d’une soixantaine de nouvelles solutions thérapeutiques ont ainsi été mises à disposition des patients. De nouvelles classes de médicaments très innovants, comme les immunothérapies, les anticorps conjugués et la thérapie cellulaire, offrent de l’espoir aux patients souffrant de formes de cancers difficiles à traiter. Cependant, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour répondre aux besoins non couverts en matière de prise en charge des cancers.

Nous disposons d’un portefeuille de recherche prometteur, avec 20 molécules en développement, dans 18 indications différentes…

Quelle est actuellement la contribution de Gilead dans le développement de traitements anti-cancéreux ?

Gilead est impliqué depuis longtemps dans des avancées scientifiques qui ont permis d’améliorer le devenir des personnes vivant avec certaines maladies virales potentiellement mortelles comme le VIH ou l’hépatite C. Nous développons cette même approche en oncologie, grâce notamment aux collaborations et à l’acquisition de certaines entreprises prometteuses en matière de cancérologie, et sommes désormais l’un des acteurs majeurs dans ce domaine. A ce jour, trois médicaments anticancéreux de Gilead disposent d’une autorisation de mise sur le marché dans six indications en Europe et/ou aux Etats-Unis. Dans le domaine des cancers du sang, Kite, une société du groupe Gilead, a été pionnier en thérapie cellulaire, et ses médicaments CAR-T sont aujourd’hui autorisés en France pour les patients souffrant de certains lymphomes. C’est une révolution thérapeutique qui est en œuvre, ouvrant l’espoir d’une rémission à long terme pour des patients qui n’avaient auparavant que quelques mois d’espérance de vie. Dans le domaine des tumeurs dites « solides », l’engagement de Gilead a permis la mise à disposition d’un traitement innovant dans le cancer du sein triple négatif, une forme particulièrement agressive de cancer du sein. Les patientes françaises ont d’ailleurs été parmi les premières à pouvoir bénéficier de ce nouveau traitement.

Pour progresser dans la lutte contre le cancer, il faut une stratégie audacieuse mobilisant la science et une collaboration forte entre les acteurs engagés dans ce combat.

Quelles sont les voies de recherche que vous poursuivez ?

Nous disposons d’un portefeuille de recherche prometteur, avec 20 molécules en développement, dans 18 indications différentes. Nous étendons notre programme de recherche clinique et prévoyons de lancer plus d’une cinquantaine d’essais d’ici à fin 2023. La diversité et l’étendue de notre portefeuille reposent sur trois principaux axes de recherche correspondant aux mécanismes biologiques clés que nous ciblons : agir sur les mécanismes biologiques spécifiques aux cellules tumorales pour provoquer leur destruction, développer la capacité du système immunitaire à lutter contre le cancer et agir sur l’environnement de la tumeur pour limiter la progression du cancer. Plusieurs de nos molécules ont des mécanismes d’action complémentaires et des caractéristiques fondamentales ouvrant la voie à des possibilités d’associations, et nous étudions ces combinaisons exclusives de molécules au sein de notre pipeline. Notre recherche s’oriente sur les besoins des personnes atteintes de cancers difficiles à traiter, méconnus et disposant de peu d’options thérapeutiques, parmi lesquels les leucémies et les lymphomes, certains types de cancer du sein, de la sphère ORL, du poumon, de l’endomètre, de la vessie et de la prostate.

Quels sont vos objectifs pour l’avenir ?

Notre objectif d’ici à 2030 est double : Gilead vise à mettre à disposition des thérapies innovantes dans plus de 20 indications qui pourraient changer les standards de prise en charge thérapeutique des cancers solides et des cancers du sang, et nous espérons ainsi agir positivement sur la vie de plus de 400 000 personnes atteintes de cancer dans le monde. Les collaborations jouent un rôle essentiel pour atteindre cet objectif et nous travaillons avec des entreprises du secteur de la biotechnologie, des structures académiques, des associations de patients et des professionnels de santé. Parallèlement, nous avons également développé nos investissements pour augmenter nos capacités de production. Par ailleurs, nous accordons une importance à l’inclusion et à la diversité, avec un accent particulier vers les populations pour lesquelles l’accès aux soins est difficile. Nous travaillons, par exemple, avec les associations de patients, les professionnels de santé et les structures institutionnelles pour favoriser l’inclusion dans les étapes du développement de nos produits, avec notamment un plan de conception d’essais cliniques plus inclusifs et qui reflètent mieux la diversité des patients touchés par la maladie. Pour progresser dans la lutte contre le cancer, il faut une stratégie audacieuse mobilisant la science et une collaboration forte entre les acteurs engagés dans ce combat.

Stéphane Corenc


Article extrait du dossier Grand Angle spécial Cancer réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 4 juin 2022.

Photos : © Gilead Sciences / DR