Directeur général France de la société Hologic, Antoine Bara explique le potentiel de l’IA dans le dépistage des cancers de la femme.

Quels sont les domaines d’intervention d’Hologic ?

Hologic est positionné sur la santé des femmes, nous faisons en sorte d’exploiter les derniers développements scientifiques et technologiques au bénéfice de solutions de santé innovantes. Nous intervenons dans trois domaines : le diagnostic cytologique et moléculaire, la santé mammaire et osseuse et la chirurgie gynécologique. Notre devise, «  The science of sure  », résume notre vision : concevoir un continuum de soins, du dépistage précoce au traitement efficace en passant par la précision du diagnostic. C’est une démarche exigeante, qui nécessite de conserver la maîtrise des technologies déployées, de travailler en symbiose avec les professionnels, à l’écoute des patients et d’être à l’affût de toutes les innovations disponibles. A ce titre, nous sommes par exemple l’un des pionniers dans le recours aux technologies d’intelligence artificielle, avec un objectif clairement identifié : faire diminuer la mortalité liée aux cancers féminins et les traitements invasifs avec un impact important sur la qualité de vie.

Notre devise, « The science of sure », résume notre vision : concevoir un continuum de soins, du dépistage précoce au traitement efficace en passant par la précision du diagnostic.

Antoine Bara

Comment les technologies de type IA s’intègrent-elles  dans les solutions que vous proposez ?

Dans le domaine de la mammographie, par exemple, nous sommes un leader de la tomosynthèse, l’une des technologies les plus performantes en matière de détection précoce du cancer du sein. En France, comme partout dans le monde, les radiologues nous font confiance pour la performance de nos systèmes et l’intérêt médical de la technologie. La reconstruction en 3D du sein améliore la précision du diagnostic. Dans le cancer du sein, détecter tôt est un facteur clé. Avant l’arrivée de l’IA, nous avons déployé une première phase d’imagerie numérique autour de la densité mammaire. Couplée à la tomosynthèse, ce traitement numérique des clichés offre de nouvelles perspectives aux cliniciens qui se penchent sur l’amélioration du dépistage et la possibilité de le personnaliser en fonction du facteur risque. L’étape suivante est celle du « machine learning » : l’intelligence artificielle conçue pour améliorer les algorithmes, toujours sur un mode d’apprentissage encadré. Grâce à cette capacité de produire des résultats de haute qualité immédiatement, les progrès sont spectaculaires sur plusieurs points : gain de temps pour les professionnels, contribution à la précision et à la précocité du diagnostic, potentiel de réduction du risque de faux négatifs. Le temps gagné peut être utilisé pour prioriser l’expertise des cliniciens sur des cas complexes, pour mieux accompagner les patientes ou participer à des missions d’intérêt général, comme c’est le cas aujourd’hui pour le dépistage de la Covid-19.

Vous venez par ailleurs de signer un partenariat avec Google Cloud dans le dépistage des cancers de la femme. Quel est le projet ?

En effet, et, là encore, il faut évoquer certaines des innovations sur lesquelles s’appuie ce partenariat. Hologic développe aujourd’hui une technologie de diagnostic numérique révolutionnaire pour transformer le dépistage du cancer du col de l’utérus. Cette solution combine un algorithme d’IA avec un système d’imagerie numérique innovant. Il faut savoir qu’examinée au microscope une lame contient en moyenne plusieurs dizaines de milliers de cellules. La détection des cellules anormales requiert donc de l’attention et de la précision. La technologie permet d’identifier directement les cellules d’intérêt pour le diagnostic  : double bénéfice, à la fois pour les patientes et les professionnels de santé. Notre partenariat avec Google Cloud vise à intégrer leurs technologies d’apprentissage automatique (machine learning) dans notre plateforme de diagnostic numérique Genius. Nous allons démultiplier le potentiel avec, à la clé, des progrès majeurs à venir dans le dépistage du col de l’utérus. Une approche qui pourrait même révolutionner le périmètre de ces dépistages, jusqu’à être systématisés grâce à un coût d’opportunité positif.

La montée en puissance de l’IAapprenante risque-t-elle de marginaliser l’expertise humaine ?

Non, et c’est un point de vigilance éthique que nous partageons avec les scientifiques et les professionnels de santé. Certes, il est probable que le recours à l’IA soit un jour systématisé en deuxième lecture pour la mammographie par exemple. Mais tout doit être fait pour que l’humain conserve la maîtrise du diagnostic. La technologie numérique doit rester une aide à la décision. Elle permet notamment aux équipes médicales de se concentrer sur les cas difficiles.

L’alliance de l’intelligence humaine et de l’intelligence artificielle est essentielle pour améliorer le diagnostic. Une ambition que nous partageons tous chez Hologic : dans le cas du cancer du col de l’utérus, un dépistage performant de toutes les femmes, allié à la vaccination, doit nous permettre d’éradiquer la maladie et de sauver plus de 1 000 vies chaque année en France.

Propos recueillis Pierre Mongis

Article extrait du dossier Grand Angle Innovation Santé réalisé par CommEdition, paru dans Le Monde daté du 24 avril 2021

Photos : © Hologic / DR – © Lydie stock – stock.adobe.com / DR