
Françoise Alliot-Launois, porte-parole de l’Observatoire national des biosimilaires (ONB) et présidente de l’Association Française de Lutte Anti-Rhumatismale (AFLAR).
Les biosimilaires sont désormais une réalité thérapeutique pour des millions de patients atteints de maladies chroniques. Efficaces et sûrs, ils ouvrent de nouvelles perspectives d’accès aux soins et élargissent l’arsenal thérapeutique, à condition que les patients aient confiance en ces médicaments et que le cadre réglementaire soit clair et prévisible. Pour nous, patients atteints de maladies chroniques graves, le traitement n’est pas une parenthèse : il accompagne toute une vie. Rhumatismes inflammatoires, cancers, maladies auto-immunes, diabète ou pathologies ophtalmologiques imposent des soins sur le long terme, parfois pendant des décennies. Dans ce quotidien médical, les médicaments biosimilaires ne sont pas une abstraction réglementaire : ce sont des traitements concrets, utilisés chaque jour pour vivre, travailler, se projeter et préserver sa qualité de vie malgré la maladie.
Les biosimilaires sont évalués, au même titre que les autres médicaments, selon des standards scientifiques parmi les plus exigeants au monde. Leur autorisation repose sur une démonstration approfondie de similarité avec le médicament de référence, validée au niveau européen, puis confirmée par des années d’utilisation en vie réelle. Pour les patients, cela en garantit l’efficacité et la sécurité équivalentes, sans compromis, fondées sur des données robustes et un suivi rigoureux dans le temps. Mais l’enjeu des biosimilaires dépasse la science. La progression des maladies chroniques, conjuguée au vieillissement de la population, exerce une pression croissante sur nos finances publiques. Les biosimilaires apportent ici une réponse tangible : en réduisant le coût des biothérapies, ils permettent de soigner plus de patients, sans renoncer à la qualité des traitements ni remettre en question la solidarité qui fonde notre modèle de protection sociale. Pourtant, la France accuse un retard dans leur adoption, notamment en médecine de ville. Ce décalage s’explique moins par un manque de preuves que par un enjeu de confiance. Changer de traitement, pour un patient stabilisé, n’est jamais anodin. Certains nous font part de leur inquiétude face à un nouveau nom, une nouvelle boîte ou un dispositif différent ; d’autres souhaitent simplement être informés, rassurés et accompagnés.
Cette confiance repose sur trois piliers essentiels. D’abord, l’information claire et accessible : chaque patient a le droit de comprendre ce qu’est un biosimilaire, pourquoi il est proposé et comment il est évalué. Ensuite, la relation avec les professionnels de santé : médecins, infirmiers et pharmaciens forment une chaîne indispensable, et le pharmacien d’officine, par sa proximité et sa connaissance du traitement, joue un rôle clé pour expliquer, rassurer et accompagner, en particulier lors des phases de changement thérapeutique, en coordination avec le prescripteur. Enfin, la soutenabilité du modèle : développer un biosimilaire est un processus long, complexe et coûteux. Nous espérons que ces traitements continueront d’exister demain, dans de nouvelles indications. Garantir un cadre économique stable permet aux acteurs de poursuivre leur investissement et d’offrir de nouvelles options thérapeutiques aux patients. Du point de vue des associations de patients, les biosimilaires représentent une opportunité réelle pour mieux se soigner, durablement, sans renoncer à l’innovation. Mais, pour que cette promesse se concrétise, un effort collectif est nécessaire, associant autorités de santé, professionnels et patients sur tout le parcours de soins. C’est pourquoi une campagne nationale de sensibilisation sur les biosimilaires apparaît indispensable. Coconstruite avec les patients et les professionnels de santé, elle permettrait d’expliquer, de rassurer et d’informer, en tenant compte des réalités de terrain, des attentes et des besoins des usagers. Les biosimilaires sont bien plus qu’un outil économique. Ils sont, pour les patients, une condition de confiance, de continuité des soins et une garantie d’avenir.
Propos recueillis par Stéphane Corenc
Photo : © DR
Article extrait du dossier Grand Angle spécial Biosimilaires réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 14 février 202












