À l’ère de la néphrologie 2.0

Pr Christophe Mariat, président de la Société francophone de Néphrologie, Dialyse et Transplantation (SFNDT), CHU de Saint-Étienne.

L’année 2025 aura été, pour la néphrologie, un tournant majeur, avec plusieurs faits marquants susceptibles de révolutionner la prise en charge des maladies rénales. D’abord, en février, l’OMS a publié une résolution historique, classant la maladie rénale chronique (MRC) comme une affection non transmissible à traiter en priorité et appelant les pays à renforcer prévention et dépistage et à améliorer la prise en charge des patients. C’est la première fois que le sujet figure dans l’agenda mondial de la santé. Et c’est une bonne nouvelle, alors que 600 millions de personnes sont touchées dans le monde et que l’institution prévoit une hausse de 17 % de la prévalence de la maladie rénale chronique dans les années à venir.

Deuxième révolution, les promesses des thérapies innovantes se confirment, et de nouvelles pistes émergent, qui vont considérablement faire progresser la discipline. Les preuves d’efficacité de classes thérapeutiques récentes s’accumulent, comme c’est le cas pour les antagonistes non stéroïdiens du récepteur minéralocorticoïde, les inhibiteurs du SGLT2 et les agonistes du GLP1. À côté de ces traitements visant à ralentir voire bloquer la progression de la MRC, des stratégies thérapeutiques originales ciblant plus précocement les mécanismes mêmes des néphropathies se développent activement. À la clé de ces innovations, c’est une néphrologie de précision qui s’installe, appuyée par les progrès de la biologie.

Troisième évolution, l’innovation est également organisationnelle. Lancé en 2019, et reposant sur une collaboration interprofessionnelle repensée (IPA, psychologues, diététiciens et assistants sociaux), le parcours MRC est un dispositif efficient qui améliore la continuité de prise en charge des patients et qui offre un cadre idéal pour développer une décision mieux partagée.

Ces avancées majeures et structurantes pour la néphrologie ne doivent pas pour autant occulter le bilan 2025 en demi-teinte du plan greffe. Malgré un nombre record de greffes rénales, les objectifs du plan 2022-2026 ne seront pas atteints et le décalage entre les besoins de la population et l’activité de greffe ne cesse de progresser. Les causes en sont multiples; des solutions existent. Il est plus que temps, là aussi, d’innover.



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Article extrait du dossier Grand Angle spécial Néphrologie réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 12 mars 2026.