Maternités : proximité ou sécurité ?

Pr Patrick Rozenberg, Président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF).

La baisse de la natalité fragilise chaque année davantage certaines petites maternités, qui vont même jusqu’à faire du racolage pour attirer les femmes à y accoucher. Un maire a ainsi proposé d’offrir 1 000 euros pour chaque naissance dans « sa » maternité. C’est un véritable scandale ! Une maternité lorsqu’elle est menacée de fermeture ne l’est pas pour des raisons économiques, mais pour des raisons de sécurité. Avec un rythme d’accouchements faible (le seuil minimal fixé par la réglementation est de 300 accouchements par an), il est impossible d’avoir la compétence suffisante pour prévenir et pallier des complications aux conséquences potentiellement vitales, aussi bien pour les nouveau-nés que pour les mères.

En France, un décès néonatal survient désormais toutes les trois ou quatre heures et un décès maternel tous les trois ou quatre jours. Les difficultés pour accéder à des soins de qualité s’accentuent encore avec l’installation d’une véritable médecine à deux vitesses : les jeunes médecins à diplôme français s’installent quasi exclusivement dans les grandes structures hospitalières d’au moins 1 000 accouchements par an. Et ils ont raison ! Ils refusent de travailler dans les petites maternités, car la sécurité des soins n’y est pas assurée. Les femmes aussi, lorsqu’elles sont informées, ne veulent pas y aller, d’où les taux de fuite vers d’autres maternités plus importantes. Par ailleurs, l’augmentation de la mortalité infantile est souvent mise en avant, mais c’est une infox qu’il faut dénoncer. La proximité de la maternité assurerait une sécurité et son éloignement augmenterait la mortalité infantile. Tout cela est faux ! Les pays en Europe qui ont les taux les plus bas de mortalité sont justement ceux qui ont regroupé leurs moyens dans de grands établissements assurant une sécurité optimale. La Suède, par exemple, compte, proportionnellement à la population, deux fois moins de maternités qu’en France et le taux de mortalité infantile est de 2 pour 1 000, contre 4,1 pour 1 000. Le pire, c’est que les politiques en ont conscience, mais, par démagogie, refusent toute refonte raisonnée de l’offre de soins des maternités.

Christine Fallet



Photo : © Gaëlle Abrard- CNGOF / DR

Article extrait du dossier Grand Angle spécial Santé des femmes réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 24 janvier 2026.