
Mieux soigné, le cancer reste cependant un drame de la vie pour la majorité des patients. L’un des enjeux reste de mieux adapter le système de santé à la chronicisation de la maladie.
Le cancer reste encore et toujours une priorité de santé publique. Alors que la science s’accélère à grands pas, que certains spécialistes n’hésitent plus à promettre « la guérison de tous les cancers » à l’horizon 2050, la maladie continue à progresser actuellement, pour plusieurs raisons.
D’abord, l’augmentation des cas de cancers s’explique majoritairement par le vieillissement de la population : plus on avance en âge, plus on est exposé à l’éventualité d’en être atteint. L’amélioration des approches diagnostiques est également à rapprocher des progrès du dépistage – même s’il reste encore beaucoup à faire pour toucher davantage les publics cibles – ainsi que des avancées de la biologie et de la technologie des biomarqueurs. Enfin, une partie des cancers demeurent étroitement liés à la persistance de nombreux facteurs de risque. L’explosion de l’obésité serait, selon Santé publique France, à l’origine de près de 20 000 cancers, tandis que le tabac continue d’être la cause de 68 000 cas par an, et l’alcool de 28 000 cas par an. Enfin, on estime que les pollutions environnementales, dans leur ensemble, sont en cause dans 5 à 10 % des cas par an.
Avec plus de 433 000 cas par an en 2023, et plus de 164 000 décès par an, selon le Panorama des cancers (SPF et INCa), le cancer touche majoritairement les hommes (57 %). Cependant, la progression de certains types de cancers, comme celui du poumon chez les femmes (+ 3,6 %), démontre la nécessité de renforcer une stratégie de prévention plus engagée et plus efficace. C’est d’autant plus vrai que 40 % sont largement évitables, à condition de mieux agir contre le tabac, l’alcool, les déséquilibres alimentaires et la sédentarité. Parmi les indicateurs positifs, on notera que les taux de mortalité standardisés ne cessent de se réduire, soit – 1,61 % par an chez l’homme, et – 0,76 % chez la femme. Cela témoigne des progrès constants des soins en oncologie, où la dynamique d’innovation thérapeutique reste très soutenue.
La France bénéficie depuis vingt ans d’une forte mobilisation au plus haut niveau de l’État. En 2021, la publication de la Stratégie décennale (2021-2030) prenait le relais des plans nationaux lancés depuis 2004. Aujourd’hui, plusieurs défis se profilent. Il faut d’abord revoir la structure du financement, face aux coûts croissants des thérapies innovantes. Les inégalités territoriales des prises en charge sont également un sujet de préoccupation, de même que la démographie de plus en plus tendue du côté des professionnels de la spécialité. Enfin, le système de santé doit s’adapter à l’enjeu de la chronicisation avec, notamment, la nécessité de mieux préparer l’après-cancer, l’insertion professionnelle et la vie psycho-sociale des patients. • Stéphane Corenc
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