Tribune • POINTER LES INÉGALITÉS POUR ÉVITER QU’ELLES NE SE CREUSENT

Dr Marie-Pierre Chauvet, chirurgienne, présidente de la Société française de Sénologie et de Pathologie mammaire (SFSPM). 

En France, le système de soins du cancer du sein est performant, mais des inégalités persistent tout au long du parcours, du dépistage à l’après-cancer. Ces inégalités s’observent à différents niveaux.

Tout d’abord, le dépistage organisé (DO), pour les femmes de 50 à 74 ans sans risque identifié, pris en charge à 100 % avec double lecture radiologique, gage d’un meilleur diagnostic. D’autre part, le dépistage individuel (DI), qui débute souvent avant 50 ans. En additionnant DO et DI, la participation est de 60 %, plaçant la France dans les premières nations européennes.

Selon la Cour des comptes, la participation au DO recule au profit du DI, dont les plages horaires gagnent du terrain en centres de radiologie et sont souvent associées à des dépassements d’honoraires. Pourquoi cette bascule ? L’acte de mammographie est peu valorisé au regard des investissements des centres.
La chirurgie est également source d’inégalités d’après un rapport de l’INCa. En France, 30 % des femmes subissent une mastectomie, dont 30 % recourent à une reconstruction mammaire, immédiate ou différée. Les reconstructions mammaires immédiates ont augmenté ces dernières années, mais les chirurgiens compétents se trouvent surtout dans les Centres de lutte contre le cancer ou dans les établissements privés, à l’accès plus simple et rapide. Former les chirurgiens et reconnaître la spécialité de chirurgie mammaire favoriserait l’accès aux femmes à la reconstruction.

L’après-cancer approfondit également les inégalités sociales. Selon la Cour des comptes, les femmes déboursent 1 500 euros en cas de cancer du sein. Les brassières post-chirurgie, dont le remboursement a pourtant été voté, restent en pratique à leur charge.
La vie professionnelle est également concernée : 20 % des femmes sont encore en arrêt de travail deux ans après les traitements et 26 % sont rétrogradées à leur retour au travail. Comme le plan personnalisé de soins, celui d’après-cancer devrait être systématisé pour mieux accompagner le retour au travail. •

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Article extrait du dossier Grand Angle spécial Cancer du sein réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 9 octobre 2026.