L’édition 2018 de la Journée nationale de l’audition (JNA), ce 8 mars, met l’accent sur les acouphènes et sur la prévention. A cette occasion, une nouvelle campagne nationale de dépistage auditif est menée.

Au cours des deux dernières décennies, des progrès considérables ont été accomplis dans la compréhension des mécanismes défectueux à l’origine des différentes formes de surdité. Ce sont principalement les surdités héréditaires du sujet jeune dont la pathogénie a été élucidée. Chacune d’elles est due à l’atteinte d’un seul gène. Aujourd’hui, ce sont plus d’une centaine de formes héréditaires pour lesquelles la connaissance acquise fournit le socle d’informations nécessaires pour apprécier le bénéfice que l’on peut escompter des prothèses auditives, en adapter le réglage et développer de nouvelles et authentiques thérapies de l’oreille interne, qu’elles soient pharmacologiques, géniques ou cellulaires. En revanche, la perte de l’audition liée à l’âge, la presbyacousie, qui touche environ un tiers de la population au-delà de 60 ans et dont les formes sévères s’accompagnent d’une dégradation des fonctions cognitives, reste largement à décrypter. On s’accorde à penser qu’elle est due à des facteurs génétiques souvent multiples associés à des facteurs environnementaux. Le plus important d’entre eux est la surexposition sonore. Selon les données de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), plus d’un milliard de jeunes sont soumis au risque d’une perte irréversible de l’audition en raison d’une écoute prolongée et à haute intensité. « A tout âge, la surexposition au bruit, en particulier dans les villes où les populations se concentrent de façon croissante, menace l’audition », explique Christine Petit, professeur au Collège de France et à l’Institut Pasteur, titulaire de la chaire Génétique et Physiologie cellulaire, dont le laboratoire situé à l’Institut Pasteur est aussi affilié à l’Inserm et à Sorbonne Université. Une prévention s’impose donc pour préserver l’audition. Elle doit être couplée à « un diagnostic précoce pour remettre le fonctionnement auditif sur le droit chemin. Le cerveau réagira alors positivement à un appareillage. Plus le temps passe, plus les dégradations auront des effets cognitifs et/ou sociaux. Or l’appareillage auditif permet de les prévenir », insiste le Pr Paul Avan, biophysicien sensoriel à l’Inserm, Université de Clermont-Auvergne. Autre fléau : les acouphènes (liés aux pertes auditives), thème de cette Journée nationale de l’audition, pour lesquels est aujourd’hui privilégiée l’approche de la rééducation. Son but : « Déshabituer le cerveau de ces acouphènes en détournant son attention, reprogrammer les neurones pour les faire coder des sons légèrement différents mais bien réels et contrôlables », poursuit-il. Quant aux authentiques thérapies des surdités héréditaires ou non, le champ est désormais ouvert.

« Aujourd’hui, la pharmacologie connaît un regain de vitalité avec le screening à haut débit de molécules antioxydantes, anti-apoptotiques ou neuroprotectrices sur des cellules exprimant le défaut à corriger. Par ailleurs, le déchiffrage des voies de signalisation défectueuses dans diverses formes de surdité augure bien des chances de découverte de nouvelles cibles thérapeutiques. La thérapie cellulaire reposant sur les cellules souches est un objectif à long terme. En revanche, la thérapie génique, dans laquelle bon nombre de chercheurs et d’industriels s’engagent, qu’elle vise à remplacer un gène défectueux ou à le corriger dans les cellules atteintes, aujourd’hui principalement dans les cellules sensorielles et les neurones auditifs, est porteuse d’espoir à moyen terme », explique le Pr Petit.

La création du premier institut de recherche fondamentale et médicale dédié à l’audition devrait encore faire bouger les lignes. Cet institut de recherche interdisciplinaire, l’Institut de l’Audition, dirigé par le Pr Petit, ouvrira ses portes à Paris début 2019. Dans sa composante de « recherche translationnelle », il visera au développement de nouvelles solutions diagnostiques et thérapeutiques via la formation d’équipes mixtes composées de scientifiques et de cliniciens. Il s’appuiera sur le centre de recherche et d’innovation en audiologie dirigé par le Pr Avan qui lui est associé. Il travaillera en étroite collaboration avec les services ORL de l’Hôpital Necker-Enfants malades, de la Pitié-Salpêtrière et d’autres hôpitaux.

Ce projet ambitieux est soutenu par une fondation, la Fondation pour l’Audition.

Christine Colmont

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