Avec l’irruption des technologies digitales, le système de santé s’apprête à vivre une révolution sans précédent. Mais des adaptations sont nécessaires pour réussir la mutation.
Avec 275 entreprises représentées, la French Tech a fait sensation en janvier dernier au Consumer Electronic Show de Las Vegas.

Une grand-messe devenue incontournable dans le domaine des technologies digitales, et qui participent fortement au rayonnement High Tech d’un pays. Or, parmi la délégation, les start-ups de la santé connectée étaient au premier rang. Et c’est une entreprise française, PKvitality, qui a reçu un « Best of innovation award », pour un projet de montre-lecteur de glycémie, permettant aux diabétiques de mesurer leur glycémie sans piqûre.

Cet événement annuel illustre trois tendances pour l’avenir du système de santé. D’abord, ces technologies liées au numérique vont profondément bouleverser, et à brève échéance, l’écosystème dans la délivrance des soins. Applis santé, objets connectés, solutions de télémédecine… ces usages, peu à peu imposés par les patients, vont s’intégrer –de gré ou de force- dans les pratiques des professionnels de santé.

Ensuite, cette révolution pose question. Comment, en effet, concilier le temps accéléré du numérique, et celui bien plus lent de l’évaluation médicale ? Très peu de ces nouvelles solutions (applis santé et objets connectés) prennent la voie de l’enregistrement en tant que dispositif médical. Trop long, trop cher, trop coûteux. Pourtant, ce statut, acté par un marquage CE a priori garant de fiabilité, est indispensable pour obtenir un prix agréé par les pouvoirs publics, être référencé par les hôpitaux et prétendre à un remboursement auprès de l’assurance-maladie. Cette évaluation médicale est également nécessaire pour que la Haute autorité de santé puisse recommander leur usage aux professionnels de santé.

Enfin, troisième enjeu, la compétition mondiale est lancée, et la France a à priori des atouts à faire valoir. Un réseau d’experts, de chercheurs et de centres hospitaliers de réputation internationale, un tissu dynamique de PME d’électronique médicale, mais également de fabricants de dispositifs médicaux et d’entreprises de biotechnologie… voilà pour les points forts. Mais, au rayon des faiblesses, il faut citer les délais très longs d’accès au marché, assortis d’une politique drastique d’encadrement des prix. Ces entraves pénalisent de nombreuses entreprises, au point que beaucoup développent leur recherche dans l’hexagone, mais lancent leurs innovations sur des marchés plus accessibles. C’est l’une des questions majeures que le prochain gouvernement devra résoudre, s’il veut faire de l’innovation en santé l’un des fers-de-lance de la future croissance.

Pierre Mongis.

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