Phénomène complexe et multiforme, la douleur chronique reste mal prise en charge en France. Des acteurs de la lutte contre la douleur appellent à un engagement massif des pouvoirs publics, au moment où la crise sanitaire illustre le poids de la douleur dans le quotidien des Français.

12 millions de Français déclarent en souffrir chaque année, soit plus de 20 % de la population globale. Premier motif de consultation aux urgences, la douleur chronique est une priorité de santé publique qui touche toutes les catégories socio-professionnelles, à tous les âges de la vie.

C’est un poids important pour le système de santé, avec des dépenses estimées à 1,2 milliard d’euros par an, mais également pour la société en raison des coûts indirects (arrêts de travail, absentéisme, productivité…). Mais elle est aujourd’hui mal prise en charge : 70 % des patients ne bénéficient pas des traitements nécessaires pour soulager la douleur. Et seuls 3 % d’entre eux peuvent accéder aux 243 structures spécialisées, avec des délais moyens de treize semaines (parfois jusqu’à un an) et une errance thérapeutique qui peut atteindre trois ou quatre ans pour certaines formes de douleur. Fort de ce constat critique, 12 organisations (sociétés savantes, associations de patients et professionnels de santé) viennent, sous l’égide de la Société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD), de rendre publiques 22 propositions pour une meilleure prise en charge de la douleur.

Première urgence, le collectif appelle à la mise en place d’un Plan Douleur, alors que le précédent plan s’est achevé sans suite en 2012. Il répondrait à quatre objectifs clés : formation des professionnels, prise en charge spécifique pour les publics fragiles, amélioration du parcours de soins et information du public. Désigner la douleur comme «  Grande Cause nationale  » permettrait également de marquer l’engagement personnel du président de la République, au moment où la crise sanitaire  témoigne de l’impact de la douleur sur la société. Enfin, le collectif propose que la douleur relève du champ des affections de longue durée, permettant un remboursement à 100 % par l’Assurance-Maladie. Il faut également réinvestir massivement dans les Structures douleurs chroniques, avec des budgets pérennisés et une politique d’attractivité des métiers  : la population des professionnels de la douleur tend à vieillir, les carrières sont insuffisamment valorisées, et ces structures restent méconnues des professionnels de santé en ville. Un effort d’information doit être également déployé auprès du public, qui doit bénéficier de filières de soins visibles et optimisées, avec un catalogue des ressources disponibles dans les territoires. De même, il convient d’investir dans l’information sur les traitements médicamenteux et non médicamenteux, alors que la crise des opioïdes  témoigne d’un mésusage croissant des produits anti-douleur pour une partie de la population. Enfin, et parce qu’elle est un facteur aggravant d’inégalité, la prise en charge de la douleur chez les personnes vulnérables (handicap, gériatrie, pédiatrie, psychiatrie…) nécessite la mise en place de ressources spécialisées (consultations spécifiques, sensibilisation des institutions…). « Il est urgent de redonner un nouvel élan à la prise en charge de la douleur en France et de reconnaître la douleur comme un enjeu déterminant pour notre système de santé », concluent les auteurs de l’appel. 

Pierre Mongis

Article extrait du dossier Grand Angle réalisé par CommEdition, paru dans Le Monde

Photo : Adobestock

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