Cancers de la peau, l’importance du dépistage

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Même si les traitements ont beaucoup progressé ces dernières années pour soigner le mélanome métastatique, la meilleure stratégie reste la prévention et le dépistage. Mais les comportements ont du mal à changer.

Port de vêtements et de lunettes, crèmes solaires, les gestes pour se protéger du soleil sont bien connus, et pourtant l’adhésion à cette photo-protection est loin d’être complète. D’abord parce qu’il y a des âges où le bronzage est vu comme un élément important de séduction, pour les jeunes adultes notamment, ou encore parce cela a un coût. « De plus, il faut se protéger des UVA comme des UVB, or les informations sur les UVA ne sont pas homogènes d’un laboratoire à l’autre », explique Brigitte Dréno, chef du service dermatologie du CHU de Nantes. Or, trop s’exposer au soleil augmente le risque de développer un mélanome, une photo-allergie, et accélère le vieillissement de la peau.
Le deuxième niveau de prévention après la photo-protection, tout aussi important, est le dépistage. Des efforts sont réalisés en France avec l’organisation de journées spécifiques. « Les médecins généralistes doivent continuer à être formés à ce dépistage, avec des outils pour identifier les taches brunes suspectes, et envoyer ensuite ces patients vers un dermatologue. Par exemple, dans le cadre d’un programme de la SNCF et en liaison avec la médecine du travail, je dépiste chaque année 4 à 5 mélanomes de toute petite taille, ce dépistage sauve certainement la vie de ces patients », continue Brigitte Dréno.

Bien gérer les effets secondaires des nouveaux traitements

Ce diagnostic précoce est d’autant plus important que de nouveaux traitements sont à disposition des médecins, surtout depuis 2011 avec non seulement les thérapies ciblées mais également l’immunothérapie. Grâce à elles, le mélanome métastatique est en passe de devenir une maladie chronique. Le dermatologue est doublement concerné par les thérapies ciblées, car elles induisent des effets secondaires au niveau de la peau avec des dermatites ou une toxidermie cutanée, nécessitant une prise en charge spécifique. « L’importance des centres spécialisés avec des dermato-oncologues pour gérer ces nouveaux traitements et leurs effets secondaires est indéniable, avec la possibilité de relais en ville des dermatologues, ou avec des infirmières, des généralistes, des pharmaciens formés à l’utilisation de ces innovations », rappelle Birgitte Dréno. En ce qui concerne l’approche d’immunothérapie, les traitements étant dirigés vers le système immunitaire du patient, une auto-immunité peut se déclencher, nécessitant là aussi des centres experts pour le suivi de ces effets. Tout un réseau se met en place autour du patient.

Anne Pezet