
Directeur médical d’AstraZeneca France, Gabriel Thabut invite à opérer sans tarder le virage préventif du système de santé.
Longtemps traitées séparément, les maladies cardiovasculaires et associées font aujourd’hui l’objet d’une nouvelle approche. Les spécialistes parlent de « maladies interconnectées », au sens où, lorsqu’elles sont insuffisamment maîtrisées, elles exposent les patients à des comorbidités, associant par exemple un diabète, une insuffisance cardiaque et une maladie rénale chronique. Aborder ces risques de façon holistique, en combinant les expertises des différentes disciplines médicales concernées, devient d’autant plus essentiel que de nouvelles générations de médicaments peuvent agir conjointement contre ces pathologies. Outre le soin adapté, l’enjeu reste d’agir en amont, afin d’éviter l’apparition de ces maladies, et alors qu’elles présentent des facteurs de risque analogues. Obésité, tabagisme, sédentarité, hypertension, mauvaise alimentation… En prévention primaire comme secondaire, il y a beaucoup à faire pour réduire leur incidence.
En quoi les patients et notre système de santé subissent-ils directement les conséquences évitables des maladies cardiovasculaires et associées ?
Beaucoup d’experts qualifient notre système de santé « d’hospitalo-centré », dans le sens où la part des dépenses hospitalières, soit 121 milliards d’euros par an, est la plus élevée d’Europe. Ces dépenses sont le symptôme d’un système de santé qui subit les conséquences de pathologies chroniques prises en charge trop tardivement. Parmi elles, les maladies cardiovasculaires et associées (MCVA) – qui englobent notamment l’insuffisance cardiaque, le diabète, la maladie rénale chronique et la broncho-pneumopathiechronique obstructive (BPCO) – touchent 16 millions de personnes et représentent 45 milliards d’euros de dépenses de santé publique. En dépit d’une politique publique centrée sur la prévention, le dépistage précoce de ces pathologies chroniques et la structuration de parcours de soins coordonnés permettant de prévenir les complications grâce à une prise en charge optimisée, les patients achèvent souvent leur parcours aux urgences avec des pronostics péjoratifs : 180 000 hospitalisations par an sont ainsi imputables à l’insuffisance cardiaque, 100 000 à la BPCO. Malheureusement, cette situation risque de s’aggraver avec le vieillissement de la population. La France compte 22 % de personnes de plus de 65 ans aujourd’hui ; elles seront 27 % en 2050. Et 14 millions de personnes sont aujourd’hui prises en charge dans le cadre des affections de longue durée ; elles pourraient être 18 millions en 2045. Si nous n’agissons pas avec force, l’état de santé de la population continuera de se dégrader et notre système de santé deviendra insoutenable.
La maladie rénale chronique est un bon exemple de dépenses évitables grâce à un dépistage et une prise en charge précoces.
La maladie rénale chronique se diagnostique aisément, par le biais d’une simple prise de sang destinée à mesurer la créatinine. Aujourd’hui, grâce à l’application de mesures hygiéno-diététiques, mais aussi à l’efficacité de nouveaux traitements, il est parfaitement possible de ralentir l’évolution de cette maladie. Or, près de 100 000 patients souffrent d’une insuffisance rénale terminale, nécessitant soit la dialyse, soit la greffe. Et 30 % des admissions en dialyse s’effectuent dans l’urgence. 30 millions de mesures de la créatinine sérique sont pourtant réalisées chaque année… mais dans de nombreux cas le suivi des patients en aval n’est pas assuré. Certaines études évaluent pourtant que les mesures hygiéno-diététiques et la prise en charge thérapeutique permettent non seulement de reculer de sept à dix ans l’âge d’entrée en dialyse, mais également d’économiser 12 milliards d’euros à l’échéance de dix ans.
Comment changer la donne ?
Il faut réussir le virage préventif, alors que la prévention ne représente que 2,3 % des dépenses de santé*. Les incitations financières proposées aux professionnels de santé doivent être plus élevées et favoriser la pluridisciplinarité à l’échelle des territoires. Nous avons la chance, en France, de disposer d’un payeur unique, capable de produire des données pour un suivi ciblé des patients. Il faut, à ce titre, saluer l’implication actuelle de l’Assurance-Maladie pour réduire l’incidence des MCVA en agissant sur l’ensemble des facteurs de risque.
Propos recueillis par Pierre Mongis
Information communiquée par l’entreprise de santé AstraZeneca – FR-25991 – 04/2026
Photo : © Boston Scientific EMEA / DR
Article extrait du dossier Grand Angle spécial Innovation en santé réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 25 avril 2026.

















