Healthtech : des atouts à consolider pour accélérer la transformation


Dans une compétition mondiale accrue, l’innovation en santé s’impose comme un levier stratégique de souveraineté. Si la France peut s’appuyer sur un écosystème dynamique et une recherche de haut niveau, elle reste confrontée à des freins persistants, notamment en matière de financement et de passage à l’échelle mondiale. France Biotech, au cœur de cet écosystème, en porte les enjeux. Frédéric Girard, son président, en décrypte les priorités.

Fort d’une recherche publique d’excellence et d’un tissu de près de 2 800 entreprises représentant environ 80  000 collaborateurs, l’écosystème HealthTech français –  BiotTech, MedTech, diagnostic, TechBio et santé numérique/IA  – se révèle être un acteur majeur en Europe. Mais cette position reste fragile face à des concurrents structurés. Les États-Unis conservent une avance significative grâce à leur puissance financière et à la fluidité des inter-actions entre recherche et industrie, tandis que la Chine accélère rapidement dans certains segments stratégiques. Dans ce contexte, le principal frein au développement des HealthTech françaises demeure le financement. Malgré les efforts engagés, notamment via l’initiative portée par Philippe Tibi, et le rôle structurant de France 2030, l’accès aux capitaux reste difficile. En cause, notamment, le manque de fonds de capital risque à tous les stades de développement et le manque d’analystes spécialisés pour réaliser l’examen des dossiers.

En conséquence, les levées de fonds mobilisent les équipes pendant plusieurs mois – en moyenne près de dix mois – au détriment du développement des projets, alors même que l’horizon de trésorerie des start-up est souvent limité à six à douze mois. Au-delà des financements, c’est l’ensemble du parcours d’innovation qui doit être repensé. Pour France Biotech, l’enjeu réside dans une plus grande fluidité : mieux cibler les priorités stratégiques, concentrer les moyens et coordonner plus efficacement les acteurs publics et privés. Car le véritable défi reste la transformation de l’excellence scientifique en succès industriels et commerciaux d’envergure internationale. Complexité administrative, multiplicité des interlocuteurs et délais prolongés continuent de freiner les entreprises, dans un environnement encore peu adapté au rythme des start-up. Reste désormais à franchir un cap : transformer l’excellence scientifique française en succès industriels à l’échelle mondiale.

Pierre Mongis


Photo : © Claude Ingargiola – France Biotech / DR

Article extrait du dossier Grand Angle spécial Innovation en santé réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 25 avril 2026.