« La Prévention, un impératif pour notre société »


Chargé par le Premier ministre d’une mission sur la prévention primaire, Cyrille Isaac-Sibille, député du Rhône, doit rendre ses conclusions à l’été prochain.

Quel état des lieux faites-vous sur la politique de prévention en France ?

À la demande du Premier ministre, nous y travaillons actuellement. Ce que je peux dire, à l’issue des quelque 70 auditions déjà réalisées, c’est que l’engagement dans la prévention ne peut plus être une option. Au vu des transitions démographique et épidémiologique qui s’annoncent, nous avons le devoir de réussir, alors que le système de santé est à bout de souffle. Le constat initial est connu : la France est en retard, par rapport aux pays comparables, en matière de prévention. Notre modèle de soins est organisé pour soigner plutôt que pour empêcher la maladie. De nombreuses initiatives de sensibilisation sont bien sûr à saluer, comme les efforts portés par les collectivités locales, les associations, les entreprises, en plus des actions menées par les professionnels de santé et les institutions de santé. Cependant, elles ne sont ni mesurées, ni évaluées, ni structurées dans le cadre d’une politique globale. Il manque une stratégie nationale de santé, assortie d’une loi de programmation quinquennale votée au Parlement.

Au-delà du système de santé, la prévention ne doit-elle pas relever d’une approche plus transversale, irriguant l’ensemble des politiques publiques ?

En effet, et les experts de la santé publique nous le répètent : plus de 70 % des déterminants de santé sont extérieurs au champ du soin. Le réflexe prévention doit être au cœur des politiques agricoles, alimentaires, éducatives. Elle doit inspirer les projets d’aménagement urbain, au profit de la mobilité active et du mieux vivre ensemble. Elle doit être un axe majeur du dialogue social dans le monde du travail. Avec la prévention « à tous les étages », c’est un nouveau modèle de société que nous devons imaginer. Et nous devons également promouvoir l’« universalisme proportionné », en investissant davantage dans l’information et la formation des publics les plus fragiles.

Comment mieux agir, par ailleurs, en matière de prévention secondaire et tertiaire ?

Nous devons parvenir à bâtir un continuum cohérent et efficient entre prévention primaire, secondaire et tertiaire. Lorsque la maladie est là, tout doit être fait pour stabiliser le patient et limiter les risques de complications. Cela appelle à réorganiser en profondeur le fonctionnement du système de soins, sur les modes de rémunération, le soutien à l’innovation, les incitations aux actes de prévention, les modalités assurantielles des citoyens, la formation et l’éducation thérapeutique.

Propos recueillis par Pierre Mongis




Photo : © DR

Article extrait du dossier Grand Angle spécial Innovation en santé réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 25 avril