Prix des médicaments : la voie des contrats de performance

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Comment concilier accès à l’innovation, soutenabilité de la dépense et priorités de santé publique ? L’équation à trois inconnues est aujourd’hui au cœur du débat politique sur la santé. Face aux coûts croissants de l’innovation en santé, les pouvoirs publics doivent imaginer de nouveaux modèles de tarification des médicaments. Mais où trouver les financements, dans un contexte de crise budgétaire chronique, et alors que l’administration Trump veut imposer une hausse des prix en Europe ? La question sera au menu de la prochaine loi de financement de la Sécurité sociale, et plus sûrement évoquée durant la campagne présidentielle. À la clé, les industriels font valoir une menace montante pour les patients français : le déclin du pays ne cesse de s’aggraver, l’exposant à terme en matière de souveraineté sanitaire. Longtemps en tête de l’Europe dans le domaine de la recherche clinique, la France a rétrogradé au 3e rang, précédée par l’Espagne et l’Allemagne et talonnée par l’Italie.

Quarante pour cent des nouveaux médicaments autorisés par l’Agence européenne du médicament depuis cinq ans ne sont pas sur le marché français. Et la multiplication des pénuries de spécialités atteste d’une dépendance croissante envers des fournisseurs étrangers, pour la plupart indiens ou chinois. Dans ce contexte économique particulièrement préoccupant, les négociations entre les autorités et les industriels du secteur s’annoncent de plus en plus difficiles. Auditionnée fin mars par l’Assemblée nationale, la présidente du Comité économique des produits de santé (l’instance qui fixe les prix des médicaments), Virginie Beaumeunier, a estimé que la politique américaine actuelle expose à « un risque de chantage réel » sur les prix, mais « maîtrisé pour le moment » de la part des industriels. Elle a confirmé l’éventualité « de prix plus élevés, mais uniquement pour les médicaments réellement innovants ». Et elle appelle à « une trajectoire de prix pluri-annuelle et prévisible », avec « des rendez-vous tous les deux ou trois ans », permettant au CEPS de baisser les prix « sur la base de critères préalablement définis avec les industriels ». Cette approche, dite des contrats de performance, suppose de s’appuyer sur des données de vie réelle visant à prouver ou non la valeur thérapeutique effective des produits.

Pierre Mongis



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Article extrait du dossier Grand Angle spécial Innovation en santé réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 25 avril 2026.