
Nicolas Ozan, Directeur médical oncologie et hématologie d’AstraZeneca France, revient sur les évolutions récentes des traitements des patients atteints de cancers, les pistes thérapeutiques en développement et les enjeux de l’innovation en France.
Quelles seront les tendances de l’édition 2026 de l’ASCO ? Est-on sur la voie de nouvelles avancées thérapeutiques ?
À mon sens, l’ASCO 2026 devrait confirmer les stratégies thérapeutiques développées ces dernières années et nous encourager à anticiper l’arrivée des innovations futures. Si l’on regarde les grandes avancées passées, le bilan est très encourageant. En trente ans, les progrès ont été continus et l’arsenal thérapeutique ne cesse de se compléter et de se combiner. Avant les années 2000, la chimiothérapie et la radiothérapie « classiques » constituaient les piliers du traitement du cancer en tuant les cellules cancéreuses, mais pouvant aussi atteindre des cellules saines. Dix ans plus tard, le ciblage de protéines anormales présentes à la surface des tumeurs a constitué un bond en avant, offrant la possibilité de détruire plus spécifiquement les cellules tumorales. Depuis plus d’une décennie, nous sommes engagés dans d’autres innovations de rupture avec l’immunothérapie qui stimule le système immunitaire du patient afin qu’il élimine lui-même les cellules tumorales. Dans certains cancers du sang, les cellules CAR-T, fabriquées à partir de cellules immunitaires du malade, agissent comme un véritable « GPS » pour détecter les cellules tumorales et les éliminer. Plus récents, les anticorps conjugués (ADC) combinent un traitement ciblé et une chimiothérapie afin de délivrer cette dernière directement dans les cellules malades.
Présent depuis 40 ans en oncologie, comment le groupe AstraZeneca contribue-t-il aux progrès thérapeutiques contre le cancer ?
Nous participons à la prise en charge de patients français via les traitements cités plus haut dans les indications des cancers du sein, du poumon, gynécologiques et urologiques, du système digestif et du sang. Grâce à la recherche & développement dans laquelle nous investissons près d’un quart de notre chiffre d’affaires, nous travaillons sur les innovations de demain. AstraZeneca développe par exemple des immunothérapies « bispécifiques », qui stimulent le système immunitaire de deux façons simultanées, notamment dans le cancer de la plèvre souvent lié à l’amiante. Nous étudions aussi l’apport des « T Cells engagers », qui ont pour objectif de lier les cellules immunitaires aux cellules cancéreuses pour favoriser leur destruction. Enfin, concernant le déploiement de nouvelles stratégies de traitement, nous présentons à l’ASCO des résultats sur l’association d’une immunothérapie par voie intraveineuse avec une chimiothérapie injectée directement dans la tumeur.
Quel regard portez-vous sur l’écosystème français engagé dans la lutte contre le cancer ?
La France a atteint un niveau d’excellence reconnu en oncologie, grâce à la grande qualité de ses chercheurs et de ses cliniciens, mais aussi à une organisation des soins particulièrement structurée. Les réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP), obligatoires depuis 2003, associées à la création par l’INCA des plateformes de biologie moléculaire pour identifier les anomalies génétiques et utiliser le bon médicament, ont favorisé la personnalisation du traitement pour chaque patient. Les dispositifs d’accès précoce, mis en place par les autorités de santé permettent un accès accéléré à certains traitements innovants pour les patients français. Ces progrès réalisés dans la prise en charge des patients sont le fruit d’un effort collectif auquel nous contribuons activement. Nous avons pu accompagner plusieurs de ces initiatives structurantes et continuons à explorer les technologies qui pourront améliorer les parcours de soin. En tant que membre fondateur de la Filière Intelligence artificielle et Cancer, nous travaillons, par exemple, à l’utilisation du potentiel du numérique et de l’intelligence artificielle pour transformer le pronostic des patients. Nous menons aussi des projets visant à améliorer concrètement l’accompagnement des patients, pendant et après la maladie, comme le programme Espoir de guérison.
Comment aller plus loin pour remporter de nouvelles batailles et, un jour, guérir définitivement le cancer ?
Avec l’ambition d’éliminer, un jour, le cancer comme cause de décès, l’enjeu est de concilier soutenabilité du système de santé avec innovation et amélioration de la prise en charge des patients d’aujourd’hui et de demain, dans un contexte géopolitique qui redistribue les cartes et bouscule les modèles établis de financement de l’innovation. Pour y parvenir, une réflexion sur les choix d’orientation des investissements de santé semble incontournable afin de dégager les moyens nécessaires pour s’assurer que les patients auront accès aux futures innovations capables d’améliorer le pronostic. Investir davantage dans la prévention pour réduire le nombre de cancers évitables, dans le dépistage et le diagnostic de précision pour une prise en charge plus précoce et mieux adaptée ou encore investir dans les soins ambulatoires et les technologies de suivi à distance afin de réduire, lorsque cela est possible, certaines hospitalisations lourdes et coûteuses, peuvent être des pistes pour les années à venir.
Propos recueillis par Stéphane Corenc
FR-26321-05/2026 – Information communiquée en collaboration avec l’entreprise AstraZeneca
© Yannick Stephant-AstraZeneca France / DR
Article extrait du dossier Grand Angle spécial Cancer réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 30 mai 2026.

















