La science accélère pour progresser plus vite dans le traitement de tous les cancers. Le dépistage précoce et le suivi biologique des mutations cellulaires restent les clés pour soigner les patients.
En septembre 2025, un article du Lancet lançait un pavé dans la mare. La France serait parmi les pays les plus touchés par le cancer, toutes causes confondues, avec 389,4 cas pour 100 000 habitants. En valeur absolue, on comptait 433 133 nouveaux cas par an en 2023 (57 % chez les hommes, 47 % chez les femmes), avec un âge moyen de diagnostic de 70 ans pour les hommes et de 68 ans pour les femmes. Parmi les cas les plus fréquents, le cancer du sein touche plus de 61 000 femmes par an, tandis que près de 59 000 hommes sont atteints par un cancer de la prostate. Ces chiffres montrent qu’en dépit des progrès continus de la recherche et des traitements disponibles le cancer reste une priorité absolue des politiques de santé publique.
Derrière ces données, ce sont d’abord les faiblesses structurelles des stratégies de prévention qui sont en jeu. Les spécialistes s’entendent pour estimer que plus d’un tiers des cas de cancers sont potentiellement évitables, à condition d’agir efficacement sur de nombreux facteurs de risque (tabagisme, alcoolisme, alimentation, sédentarité…). Heureusement, la science progresse à grands pas, d’abord pour mieux comprendre les caractéristiques de chaque tumeur, pour mettre au point des traitements ultraciblés en fonction du profil de chaque patient et donner des armes au système immunitaire pour s’attaquer avec efficacité aux cellules cancéreuses. Désormais, les spécialistes ne classifient plus les cancers selon les organes atteints, mais selon la nature des tumeurs. Grâce à la puissance de la donnée augmentée par les solutions d’IA, chaque tumeur, chaque évolution tumorale et chaque sous-type génétique sont identifiés, ciblés et visés par des thérapies très innovantes. Dès lors, l’espoir de guérir tous les cancers, d’ici à 2050, devient une perspective atteignable.
Stéphane Corenc
Légende : Thérapie anticancéreuse ciblée. Attaque d’une cellule (illustration 3D).
© Riz-stock.adobe.com/ DR
Article extrait du dossier Grand Angle spécial Cancer réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 30 mai 2026.
FAQ — Cancer : pour aller plus loin
1. Qu’est-ce que la « médecine personnalisée et adaptative » et en quoi est-elle différente des traitements actuels ? ▼
La médecine personnalisée et adaptative représente ce que le Pr Alain Puisieux, président du directoire de l’Institut Curie, appelle la « troisième révolution » en cancérologie. Elle ne se contente pas de traiter la maladie telle qu’elle se manifeste à un instant T : elle anticipe son évolution en suivant en temps réel l’émergence de cellules susceptibles de développer des résistances ou de former des métastases. Cela permet d’ajuster continuellement les traitements pour garder une longueur d’avance sur la tumeur, plutôt que de réagir après coup. Source : Cancer : l’espoir d’une médecine personnalisée et adaptative (2026)
2. Comment fonctionne concrètement l’immunothérapie, et quelles sont ses nouvelles formes ? ▼
L’immunothérapie ne s’attaque pas directement à la tumeur : elle stimule le système immunitaire du patient pour qu’il reconnaisse et élimine lui-même les cellules cancéreuses. Les formes les plus récentes vont encore plus loin : les immunothérapies « bispécifiques » stimulent le système immunitaire par deux mécanismes simultanés ; les « T Cells engagers » lient directement les cellules immunitaires aux cellules cancéreuses ; des associations testées à l’ASCO 2026 combinent immunothérapie intraveineuse et chimiothérapie injectée directement dans la tumeur. Sources : Cancer : la force du collectif (2026) ; ASCO 2026 : l’audace scientifique au service des patients (2026)
3. Qu’est-ce que les cellules CAR-T et les anticorps conjugués (ADC), dont on parle de plus en plus ? ▼
Les cellules CAR-T sont fabriquées à partir des propres cellules immunitaires du patient, reprogrammées en laboratoire pour agir comme un « GPS » biologique : elles détectent et détruisent les cellules tumorales avec une précision remarquable, notamment dans certains cancers du sang. Les anticorps conjugués (ADC) combinent un anticorps ciblant spécifiquement la tumeur avec une chimiothérapie, et délivrent cette dernière directement à l’intérieur des cellules malades, limitant la toxicité sur les cellules saines. Sources : Cancer : la force du collectif (2026) ; ASCO 2026 (2026)
4. Qu’est-ce que la radiothérapie interne vectorisée (RIV) et pour quels cancers est-elle utilisée ? ▼
La radiothérapie interne vectorisée (RIV) est une forme de médecine nucléaire thérapeutique de nouvelle génération. Administrée par injection, elle circule dans l’organisme, identifie les cellules cancéreuses grâce à un vecteur ciblé, puis délivre une très faible dose de radioactivité directement dans la tumeur — épargnant largement les tissus sains. Actuellement indiquée notamment dans le cancer de la prostate, la RIV vise potentiellement plus de 40 cibles et pourrait couvrir à terme la quasi-totalité des cancers d’organe. Source : Cancer : les nouvelles promesses de la radiothérapie (2026)
5. Pourquoi la dénutrition est-elle un risque si fréquent chez les patients atteints de cancer, et comment la prendre en charge ? ▼
La dénutrition touche en moyenne 40 % des patients atteints de cancer, et jusqu’à 80 % pour les cancers digestifs hauts. Deux mécanismes se combinent : les effets secondaires des traitements réduisent la capacité à s’alimenter, tandis que la maladie elle-même consomme les réserves de l’organisme. La perte de masse musculaire peut diminuer l’efficacité de certains traitements, notamment l’immunothérapie. La prise en charge passe par une surveillance régulière du poids et de la masse musculaire, et peut nécessiter une alimentation enrichie ou une nutrition artificielle. Source : Cancer : la nutrition au cœur du parcours de soins (2026)
6. Comment un patient peut-il accéder à un traitement innovant avant même que celui-ci soit commercialisé en France ? ▼
Les « dispositifs d’accès précoce » permettent à des patients atteints de maladies graves de bénéficier de traitements innovants avant leur autorisation de mise sur le marché officielle. Ces dispositifs ont déjà permis à plus de 10 000 patients de bénéficier de molécules innovantes des années avant leur commercialisation. La participation à un essai clinique est une autre voie d’accès. La France est le troisième pays européen pour la recherche clinique en oncologie, mais les délais d’accès aux traitements innovants y restent en moyenne trois fois plus longs qu’en Allemagne. Sources : ASCO 2026 (2026) ; Cancer : la force du collectif (2026)
7. Qu’est-ce que l’ASCO et pourquoi ce congrès compte-t-il pour les patients ? ▼
L’ASCO (American Society of Clinical Oncology) est le plus grand congrès mondial dédié à la cancérologie. Il réunit chaque année des dizaines de milliers de chercheurs, médecins et industriels pour partager les dernières avancées scientifiques et cliniques. Pour les patients, les molécules et données présentées à l’ASCO sont souvent celles qui conditionneront leurs futures options thérapeutiques. L’édition 2026 a notamment mis en avant des innovations dans les anticorps bispécifiques et les thérapies combinées. Source : ASCO 2026 : l’audace scientifique au service des patients (2026)
8. Quel rôle l’intelligence artificielle joue-t-elle concrètement dans la lutte contre le cancer ? ▼
L’IA intervient à plusieurs niveaux dans la prise en charge du cancer : elle analyse des volumes massifs de données biologiques pour identifier des sous-types génétiques de tumeurs avec une précision inaccessible à l’œil humain, elle améliore le pronostic en prédisant l’évolution de la maladie et les risques de résistance thérapeutique, et pourrait à terme transformer le suivi à distance des patients. AstraZeneca est par exemple membre fondateur de la Filière Intelligence artificielle et Cancer, qui explore ces usages en France. Source : Cancer : la force du collectif (2026)
















