
Pr Alain Puisieux, Président du directoire de l’Institut Curie.
Le cancer semble progresser de façon inexorable, alors que sa prise en charge n’a jamais été aussi performante. Tel est le paradoxe de cette maladie (en réalité, un ensemble complexe de maladies), qui demeure le premier fléau sanitaire mondial. Chaque année, 18,5 millions de personnes sont diagnostiquées dans le monde et 9,5 millions en décèdent. Sans nouvelle avancée thérapeutique, ce chiffre pourrait dépasser 30 millions d’ici à 2050, avec plus de 18,6 millions de décès. Si le vieillissement de la population explique environ la moitié de cette augmentation, un quart résulte des progrès du dépistage précoce, constituant en soi une évolution positive. Le dernier quart est lié aux modes de vie (alcool, tabac, alimentation, sédentarité) ainsi qu’aux expositions environnementales (pollution, pesticides, métaux lourds). Au début du XXe siècle, moins de 20 % des patients pouvaient espérer une guérison, mais deux grandes révolutions ont profondément modifié le pronostic. D’abord, dans les années 1950, la radiothérapie et les premières chimiothérapies ont permis de cibler les cellules à prolifération excessive. Puis, au début du XXIe siècle, le développement des thérapies ciblées et des immunothérapies a ouvert l’ère de la médecine de précision. Grâce à ces avancées, la survie à cinq ans atteint aujourd’hui près de 70 %. Une troisième révolution est désormais à l’œuvre. À l’Institut Curie, pionnier de cette approche, nous parlons de « médecine personnalisée et adaptative ». Il ne s’agit plus seulement de traiter la maladie telle qu’elle se manifeste, mais de conserver en permanence une longueur d’avance en anticipant son évolution. Les nouvelles technologies nous permettent de suivre l’émergence de cellules à fort potentiel de malignité, susceptibles de conduire à des résistances thérapeutiques et à la formation de métastases. Cette capacité de prédiction autorise un ajustement continu des traitements afin de freiner, voire d’empêcher, la progression de la maladie. Par cette approche de rupture, nous poursuivons l’amélioration de la prise en charge des patients avec une ambition majeure : contribuer à un monde sans cancer incurable.
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Article extrait du dossier Grand Angle spécial Cancer réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 30 mai 2026.

















