Les valvulopathies • Pourquoi la détection précoce des valvulopathies est essentielle

Le Dr Nicolas Dumonteil, cardiologue à la clinique Pasteur de Toulouse, explique l’importance de détecter les valvulopathies à un stade précoce. Chez les patients dont les valvulopathies sont devenues sévères, un remplacement de la valve réalisé au moment opportun peut soulager les symptômes, restaurer les capacités fonctionnelles et améliorer le pronostic. Entretien.

Vous êtes spécialisé dans la prise en charge des valvulopathies. De quelles pathologies s’agit-il ?

Le cœur possède quatre valves : mitrale, aortique, tricuspide et pulmonaire, qui fonctionnent comme des clapets unidirectionnels. Elles s’ouvrent et se ferment sous l’effet des variations de pression afin de garantir une circulation du sang à sens unique. Les valvulopathies désignent les pathologies qui affectent une ou plusieurs de ces valves. Il peut s’agir d’un rétrécissement, appelé sténose, qui freine le flux sanguin, ou d’un défaut de fermeture, entraînant un reflux sanguin. Le vieillissement est l’une des causes les plus fréquentes en Europe, en raison de la dégénérescence progressive des valves. Certaines malformations congénitales peuvent également en être à l’origine.

Quelle est la prévalence de ces pathologies et quels sont les symptômes auxquels il faut être attentif ?

On estime qu’environ 14 millions de personnes en Europe vivent avec une maladie cardiaque structurelle, dont les valvulopathies constituent la principale composante ; avec le vieillissement de la population, ce chiffre devrait dépasser 20 millions d’ici à 2040, représentant un enjeu majeur de santé publique. Dès 75 ans, on estime que plus d’une personne sur dix souffre d’une valvulopathie modérée ou sévère. En Europe, une personne décède en moyenne toutes les dix minutes d’une valvulopathie. Parmi ces pathologies, la sténose aortique est l’une des formes les plus fréquentes et sévères chez les personnes âgées, et c’est cette pathologie que nous aborderons ici.  Certains patients ne présentent aucun symptôme malgré une maladie sévère et, lorsque des symptômes sont ressentis, ils sont souvent discrets et peu spécifiques : essoufflement à l’effort, fatigue, vertiges, douleurs thoraciques, épisodes de perte de connaissance, etc. Ces signes sont parfois attribués au vieillissement ou à un manque d’activité physique, ce qui retarde le diagnostic. À un stade avancé, la maladie peut altérer considérablement la qualité de vie et devenir potentiellement mortelle, avec notamment un risque d’œdème pulmonaire qui est une sorte d’asphyxie. Certains patients tardent à consulter, car ils minimisent leurs symptômes ; d’autres rencontrent des difficultés d’accès aux soins. Le dépistage des valvulopathies doit donc être mieux intégré au suivi médical courant, notamment chez les personnes âgées.

Comment la maladie est-elle prise en charge ?

Dans le cas particulier de la sténose aortique, qui représente la majorité des procédures de remplacement valvulaire, deux techniques coexistent actuellement. La chirurgie conventionnelle consiste à implanter une prothèse mécanique ou biologique lors d’une intervention à cœur ouvert. Une autre technique, l’implantation par cathéter, consiste à guider une prothèse biologique jusqu’à la valve aortique via un cathéter introduit dans une artère. Cette méthode, longtemps réservée aux patients âgés ou à ceux présentant un risque chirurgical élevé, est désormais proposée à un nombre croissant de patients, comme le confirment des essais randomisés montrant des résultats comparables au traitement chirurgical standard chez les patients à faible risque, avec une récupération précoce plus rapide et une performance valvulaire similaire jusqu’à sept ans. Les dernières recommandations de la société savante européenne ESC/EACTS, publiées en 2025, encouragent une prise en charge plus précoce de la sténose aortique, y compris chez certains patients asymptomatiques. Il s’agit d’une évolution importante, car le principal défi demeure souvent le délai entre l’apparition des premiers symptômes et le diagnostic. Pour réduire ce délai, il est également nécessaire de renforcer la coordination entre médecins généralistes, cardiologues et centres spécialisés, afin que les patients qui en ont besoin puissent être orientés plus rapidement.

Comment mieux lutter contre les valvulopathies ?

En premier lieu, il est important que le grand public soit mieux informé sur ces pathologies. En cas d’essoufflement inhabituel à l’effort, il est essentiel de consulter son médecin traitant et de lui demander d’écouter votre cœur avec un stéthoscope. À mon sens, dans la pratique clinique, une auscultation cardiaque régulière chez les personnes de plus de 65 ans peut aider à détecter un souffle cardiaque. La découverte d’un souffle doit alors conduire à une consultation rapide avec un cardiologue et à une échographie cardiaque, qui permettra de confirmer le diagnostic. En cas de valvulo-pathie sévère, le patient peut être orienté vers l’un des quelque 50 centres spécialisés en France. Le manque de sensibilisation aux valvulopathies a des conséquences cliniques et économiques bien réelles. Pourtant, les études montrent qu’un dépistage précoce et une prise en charge rapide peuvent avoir un impact sur trois domaines étroitement liés : améliorer le pronostic des patients en réduisant le risque combiné associant décès, AVC et hospitalisations non programmées, tout en préservant leur qualité de vie, comme l’a démontré l’essai Early TAVR chez des patients présentant une sténose aortique sévère asymptomatique ; permettre aux professionnels de santé de mieux anticiper et organiser les interventions ; et réduire les complications, les hospitalisations ainsi que les coûts associés pour les systèmes de santé.

Propos recueillis par Antoine Combier


PHOTO © DR Denis Abbonato photograph-www.denisabbonato.com
Information communiquée par Edwards Lifesciences 09/2026 PP-FR-0950 v1.0

Article extrait du dossier Grand Angle spécial Cardiologie réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 30 septembre 2026.