Tribune • L’URGENCE D’UN PLAN CŒUR

Malgré les progrès spectaculaires accomplis depuis deux décennies dans la lutte contre les maladies cardiovasculaires, celles-ci demeurent un défi majeur de santé publique. Avec le vieillissement de la population, leur poids humain, sanitaire et économique ne peut qu’augmenter. Pourtant, près de quatre décès sur cinq pourraient être évités grâce à une action résolue sur les comportements de vie et les facteurs de risque modifiables. Nous disposons donc d’une marge de progrès considérable. Encore faut-il s’en donner les moyens.

L’adoption, le 16 décembre 2025, de la feuille de route Safe Hearts par la Commission européenne marque à cet égard une avancée importante. En se fixant pour objectif de réduire de 25 % la mortalité prématurée liée aux maladies cardiovasculaires d’ici à 2035, l’Union européenne affirme une ambition forte.

Cette stratégie repose sur une politique de prévention proactive, fondée sur le repérage plus précoce des facteurs de risque, le développement du dépistage et la sensibilisation des pouvoirs publics afin de favoriser des comportements plus favorables à la santé. La France doit désormais traduire cette ambition en actes. Une étape importante vient d’être franchie en juillet, avec l’adoption d’une loi à l’initiative de Yannick Neuder, député de l’Isère, et soutenu par le sénateur Khalifé Khalifé, sur la mise en place des mesures de dépistage et le renforcement de la prévention cardio-neuro-vasculaire. 

À l’initiative de la Société française de Cardiologie, s’est structurée l’Alliance Cap Cœur, qui rassemble la Société française de Cardiologie, la Fédération française de Cardiologie, la Société française neuro-vasculaire, le Conseil national professionnel cardiovasculaire, la Fondation Cœur et Recherche, l’Alliance du Cœur (associations de patients atteints de maladies cardiovasculaires) ainsi que l’Académie nationale de médecine. Ensemble, nous portons une même conviction : la France a besoin d’un véritable Plan Cœur, à l’image de ce que le Plan Cancer a représenté en son temps sous l’impulsion du président Jacques Chirac. « Nous défendons l’idée d’un Plan Cœur, dans le prolongement de la proposition de loi historique adoptée le 29 juillet dernier, qui placerait enfin la prévention et la prise en charge des maladies cardiovasculaires au premier rang des priorités de santé publique », soulignent les professeurs Hélène Eltchaninoff, présidente de la Société française de Cardiologie, et Victor Aboyans, membre de son bureau et responsable du plaidoyer pour ce plan. Les priorités sont clairement identifiées. Elles passent par un renforcement de la lutte contre le tabagisme, la mauvaise alimentation et la sédentarité ; un dépistage plus précoce, en s’appuyant sur les médecins généralistes mais aussi sur les pharmacies d’officine  ; une réduction des inégalités territoriales d’accès à l’expertise cardiologique et des délais d’attente ; la généralisation de bilans de santé cardiovasculaire aux âges clés de la vie ; un investissement accru dans la recherche et un accès plus rapide aux innovations thérapeutiques. L’Alliance Cap Cœur mettra tout en œuvre pour que ce Plan Cœur figure parmi les engagements des candidats à l’élection présidentielle. Il s’agit d’un choix de société autant que d’une nécessité sanitaire. Dans une France qui vieillit, nous ne pourrons durablement maîtriser les coûts de notre système de santé sans réussir le virage de la prévention. Les connaissances scientifiques sont là, les solutions existent, les bénéfices sont considérables. Il est temps de faire de la santé cardiovasculaire une grande cause nationale.

Antoine Combier


PHOTO Pr Hélène Eltchaninoff © DR Michel Monsay-SFC / Pr Victor Aboyans © DR
Article extrait du dossier Grand Angle spécial Cardiologie réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 30 septembre 2026.