
L’excès de cholestérol, qui entraîne la formation de plaques d’athérome dans les artères, doit être mieux dépisté et traité en population générale. En dépit de progrès remarquables en termes de prise en charge depuis deux décennies, les maladies cardiovasculaires demeurent plus que jamais une priorité majeure des politiques de santé.
« C’est la première cause de mortalité dans le monde, et la deuxième en France, chez les femmes comme chez les hommes, rappelle le Pr Philippe Gabriel Steg, cardiologue et professeur des universités à l’Université Paris-Cité. Notre pays reste marqué par de fortes inégalités, à la fois géographiques et sociales, aussi bien en termes de prévention que de prise en charge médicale. » Avec le vieillissement de la population, le risque cardio-vasculaire est appelé à augmenter. « C’est pourquoi nous devons progresser en matière de prévention des risques, alors que près de 80 % de ces maladies sont potentiellement évitables, précise le Pr Steg. Il faut notamment mieux agir contre l’excès de cholestérol, qui reste un facteur majeur de risque de maladies graves, comme l’infarctus du myocarde. »
LE RISQUE D’ATHÉROSCLÉROSE
Le cholestérol est un corps gras indispensable au bon fonctionnement de l’organisme. Mais le LDL-cholestérol, impliqué dans le transport du cholestérol du foie vers les organes, peut s’accumuler dans le sang : on parle alors d’hypercholestérolémie. « Le LDL-cholestérol en excès se dépose sur les parois des vaisseaux sanguins, générant des plaques d’athérome susceptibles de réduire le débit sanguin, ou même de provoquer des fissures des artères, souligne le Dr Antonio Gallo, lipidologue à la Pitié-Salpêtrière. L’organisme réagit en formant des caillots sanguins, qui peuvent boucher l’artère et entraîner un infarctus du myocarde ou certaines formes d’AVC. » Appelée athérosclérose, cette maladie due à la formation de plaques d’athérome est un « ennemi silencieux » : en l’absence de symptômes apparents, beaucoup de patients ignorent en être atteints pendant des années avant que survienne un accident cardiaque aigu. La forme la plus fréquente d’hypercholestérolémie est favorisée par une consommation excessive de graisses saturées, et souvent associée à des facteurs de risque (sédentarité, diabète…) qui accroissent le risque cardiovasculaire. « Mais il existe aussi une forme familiale d’origine génétique, qui touche environ 1 personne sur 300, complète le Dr Gallo. Elle nécessite un dépistage dès le plus jeune âge, afin d’éviter une athérosclérose prématurée et des risques de complications cardiaques à l’âge adulte. »
DES SEUILS À INDIVIDUALISER
Le dépistage de l’hypercholestérolémie doit être une priorité de santé publique pour l’ensemble de la population, mais qui reste insuffisamment mis en œuvre en médecine de ville. « On estime qu’un taux supérieur de LDL-cholestérol à 1,6 g/l est un indice d’alerte, indique le Pr Steg. Cependant, ces seuils sont à adapter pour chaque individu, selon les facteurs de risque associés et l’existence d’une maladie cardio-vasculaire. Il sera par exemple de 0,55 g/l après un infarctus du myocarde. » Comme le rappelle le Dr Gallo, le risque doit également s’évaluer selon la durée d’exposition tout au long de la vie, c’est pourquoi un traitement préventif doit être instauré tôt. « Le fardeau cumulé du cholestérol expose le patient à des lésions irréversibles des artères, et donc à un risque cardiovasculaire majoré », précise-t-il. Enfin, les cardiologues insistent sur la nécessité d’une surveillance renforcée du taux de cholestérol après un infarctus ou un AVC. « Les patients entrent alors dans une situation à très haut risque cardiovasculaire, explique le Pr Steg. Or il a été prouvé que les traitements qui abaissent le cholestérol réduisent puissamment le risque de récidive. »
DES MÉDICAMENTS EFFICACES
Si l’excès de cholestérol appelle à des mesures hygiéno-diététiques classiques (arrêt du tabac, alimentation équilibrée, exercice physique, diabète équilibré), des traitements médicamenteux sont souvent nécessaires et efficaces tant pour prévenir un premier accident cardiaque (la prévention primaire) que pour éviter une récidive (la prévention secondaire). « Les statines, qui ont prouvé au fil des études leur profil favorable en termes de bénéfice/risque, demeurent le traitement de première intention, ajoute le Dr Gallo, mais plusieurs médicaments plus récents ont également démontré leur efficacité pour abaisser le cholestérol et surtout réduire le risque d’évènement cardiovasculaire. »
LE DÉFI DU PARCOURS DE SOINS
Au-delà des traitements, l’enjeu reste d’inscrire le suivi du cholestérol au cœur des pratiques médicales, mais également des préoccupations de santé de la population. « Les médicaments disponibles offrent de réels atouts pour réduire la morbi-mortalité cardiovasculaire, argumente le Pr Steg. Mais il faut également soutenir une meilleure organisation des parcours de prise en charge des patients, avec en premier lieu un dépistage accru des patients à risque. »« Aujourd’hui, les patients que nous suivons sont en majorité au-dessus des taux de LDL-cholestérol recommandés, insiste le Dr Gallo. C’est par l’effort de tous, et d’abord par la prise de conscience des citoyens et des professionnels de santé sur la nécessité de surveiller leur taux de cholestérol, que nous parviendrons à réduire massivement l’incidence des pathologies cardiovasculaires les plus graves. »
Antoine Combier
PHOTO © MSD France / DR – © David Adamson-MSD / DR
Avec MSD-FR-CMM-00960–Septembre 2026
Article extrait du dossier Grand Angle spécial Cardiologie réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 30 septembre 2026.

















