
Pre Agnès Linglart, pédiatre à l’hôpital Bicêtre Paris-Saclay AP-HP, présidente de la Société française de Pédiatrie.
Il est très important de suivre régulièrement la courbe de croissance d’un enfant (disponible sur le carnet de santé ou en ligne). Quel que soit l’âge de l’enfant, toute déviation des courbes doit alerter. Un retard de croissance, même ancien, ne doit pas être banalisé, car c’est un indicateur global de la santé de l’enfant et il peut être révélateur d’une pathologie sous-jacente à prendre en charge rapidement. Le diagnostic de la cause du retard de croissance est trop souvent tardif, vers 8-9 ans, alors que celui-ci peut exister dès la naissance ou apparaître dès l’âge de 2-3 ans. De plus, alors que la fréquence est la même chez les filles que chez les garçons, on constate une inégalité d’accès au diagnostic : ce sont surtout les garçons qui sont amenés en consultation. Les filles sont défavorisées pour l’accès aux soins, très probablement du fait des stéréotypes de genre et du regard social : face à un garçon petit, on s’inquiète, alors qu’on dira d’une fille petite qu’elle est « mignonne ». Le fait d’être petit pendant l’enfance et à l’âge adulte entraîne une altération de la qualité de vie, des répercussions physiques (douleurs, déformations des os…), psychologiques (diminution de la confiance en soi) et sociales (accès aux métiers). Les causes d’un retard de croissance sont nombreuses (alimentation, hormones, maladies chroniques, génétiques…) et les investigations doivent être complètes pour poser un diagnostic.
Parfois, aucune cause n’est identifiée au moment des investigations, on parle alors de retard de croissance isolé ou persistant. Les outils de diagnostic ont évolué considérablement et il est possible d’identifier les gènes responsables de retards de croissance pour lesquels des solutions thérapeutiques existent. Un certain nombre d’enfants peuvent ainsi bénéficier de nouveaux traitements ciblés. Mais, pour cela, il faut aussi que, dès le début des recherches cliniques, les études soient proposées aux enfants et que les pédiatres soient également impliqués pour promouvoir des essais adaptés aux enfants.
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Article extrait du dossier Grand Angle spécial Pédiatrie réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 11 juin 2026.















