
Le Pr Nicolas Danchin, ancien chef de service de cardiologie de l’hôpital européen Georges-Pompidou, explique le rôle de l’inflammation cardiovasculaire dans l’augmentation du risque de maladies chez des patients déjà atteints de pathologies cardiovasculaires. Interview.
L’évaluation du risque cardiovasculaire résiduel devient l’un des enjeux clés pour les patients atteints d’une maladie cardiovasculaire. Pouvez-vous nous définir ce risque ?
Le risque cardiovasculaire résiduel désigne la probabilité d’un événement cardiovasculaire qui persiste chez un patient présentant déjà une pathologie cardiovasculaire comme l’athérosclérose et l’insuffisance cardiaque, en dépit du contrôle de facteurs de risque classiques, comme le taux de cholestérol, l’hyper-tension artérielle ou le diabète, et de l’utilisation de l’ensemble des traitements actuellement recommandés. En somme, c’est le risque de (re)faire un accident cardiovasculaire, alors même qu’on est parfaitement traité et que les recommandations sur un mode de vie adapté sont bien suivies. Il s’explique le plus souvent par la présence d’autres facteurs de risque tels qu’une prédisposition génétique ou par la présence d’une inflammation chronique.
Qu’est-ce que l’inflammation cardiovasculaire et en quoi présente-t-elle un risque pour les patients sur le plan cardiovasculaire ?
Les patients déjà atteints de maladies cardiovasculaires comme l’athérosclérose ou l’insuffisance cardiaque sont souvent exposés à ce risque, dû à une réaction immunitaire chronique et invisible qui provoque une inflammation des vaisseaux sanguins. Cette inflammation est la résultante d’une agression de la couche de cellules qui protège la paroi des vaisseaux sanguins, l’endothélium, par des facteurs extérieurs comme le tabac, l’hypercholestérolémie ou l’hypertension artérielle. Devenu poreux, l’endothélium laisse passer des lipides, qui s’oxydent et constituent des plaques d’athérome. La micro-inflammation joue le rôle de médiateur, favorisant l’athérogénèse, l’épaississement local et évolutif de la paroi artérielle à l’origine des plaques d’athérome. Ces plaques peuvent alors devenir instables, se rompre et conduire à la formation d’un caillot sanguin. Ces caillots sanguins, appelés thromboses, bouchent l’artère et sont à l’origine de deux maladies graves, l’infarctus du myocarde et l’AVC. Il faut par ailleurs noter le cercle vicieux lié aux plaques d’athérome, qui attirent de nouvelles cellules immunitaires et alimentent un foyer inflammatoire permanent.
Comment mesure-t-on l’inflammation cardiovasculaire et à quel stade est-elle dangereuse ?
L’évaluation de cette inflammation passe par la recherche d’un marqueur sanguin spécifique, la CRP-us, pour Protéine C-Réactive ultra-sensible. C’est une protéine produite par le foie, en réaction à une inflammation de l’organisme. Mesurée par un test sanguin simple à réaliser, on considère qu’elle présente un risque résiduel majoré pour le patient à partir de 2 mg/l. On parle alors d’inflammation rési-duelle de bas grade, susceptible de complications si elle n’est pas contrôlée. Récemment, l’étude inter-nationale Poséidon(1-2) menée dans 18 pays dont la France, a démontré que ce seuil d’inflammation est présent chez deux patients sur cinq atteints de maladies cardiovasculaires athéromateuses et d’une maladie rénale chronique ou d’insuffisance cardiaque. Elle confirme un lien entre l’inflammation de bas grade et la présence d’un risque cardiovasculaire résiduel. Les patients suivis dans cette étude ont un risque plus élevé de décompensation cardiaque, mais également d’atteintes de la fonction rénale. D’autres cohortes, en population générale ou chez des personnes déjà atteintes d’une maladie cardiovasculaire, ont montré qu’une CRP-us élevée est associée à davantage d’événements cardiovasculaires, d’hospitalisations pour insuffisance cardiaque et de décès.
Existe-t-il des traitements qui permettent de lutter contre l’inflammation cardiovasculaire ?
Même s’il n’y a pas à ce jour de traitements standards pour combattre l’inflammation, plusieurs pistes thérapeutiques sont actuellement explorées. Des traitements anti-inflammatoires ciblés, comme la colchicine et les anticorps monoclonaux font l’objet de recherches dans différentes situations cliniques.
Comment accompagner les patients atteints d’une inflammation cardiovasculaire résiduelle ?
Les mesures hygiéno-diététiques habituelles sont plus que jamais essentielles, car elles peuvent contribuer à diminuer l’inflammation. L’arrêt du tabac est prioritaire, de même que l’activité physique, une alimentation équilibrée et le contrôle strict des facteurs de risque cardiovasculaire classiques comme le diabète ou l’hypertension artérielle.
Propos recueillis par Antoine Combier
1) Navar AM, Bai L, Højen JF, Ivanes F, Kristensen SL, Lam CSP, et al. Global prevalence of elevated high-sensitivity C-reactive protein in patients with atherosclerotic cardiovascular disease, with and without chronic kidney disease: findings from the POSEIDON study. Atherosclerosis. 2026 Aug;419:120816.DOI: 10.1016/j.atherosclerosis.2026.120816
2) Lam CSP, Contreras J, Darwesh R, Freitas Junior AF, Kristensen SL, Kuwahara K, et al. Prevalence and predictors of high inflammatory risk in heart failure subtypes: findings from the global POSEIDON study.European Journal of Heart Failure. 2026. DOI: 10.1093/ejhf/xuag155
PHOTO Pr Nicolas Danchin © DR
Information communiquée par Novo Nordisk FR26ZILT00002 – septembre 2026
Article extrait du dossier Grand Angle spécial Cardiologie réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 30 septembre 2026.

















