La pédiatrie occupe une place singulière dans le système de santé : elle ne se limite pas au traitement des maladies aiguës, mais accompagne un être en plein développement dont la santé future se construit dès les premiers instants de vie. Grâce aux progrès thérapeutiques, à la prévention et au dépistage précoce, la santé des jeunes enfants s’est considérablement améliorée.
Les mille premiers jours sont déterminants pour la santé future de l’enfant. Agir tôt permet de prévenir certaines maladies et de favoriser son développement. Pour lui donner tous les atouts et éviter les carences nutritionnelles en macro-nutriments (protéines, lipides, glucides), mais aussi en vitamines, minéraux et acides gras essentiels une alimentation correspondant à ses besoins est essentielle. Le lait maternel est le meilleur des aliments. Lorsque l’allaitement n’est pas possible ou souhaité, les laits infantiles offrent une alternative adaptée, avec des formules spécifiques pour répondre à certains troubles (allergies, régurgitations, diarrhées) ou à des besoins médicaux particuliers. La prévention passe également par la vaccination ou l’immunisation, domaine dans lequel les innovations sont nombreuses. La protection des nourrissons contre le VRS (vaccination maternelle ou immunisation par anticorps) a fait d’importants progrès et a permis de diminuer le risque de bronchiolite sévère, et d’autres infections des voies respiratoires basses, et même les otites.
Le dépistage précoce constitue une autre priorité. Il permet d’identifier et de prendre en charge des pathologies dès leurs premiers signes. Le diabète de type 1 en est un exemple : la détection des stades précliniques (stades 1 et 2), en dosant la glycémie et par la recherche d’auto-anticorps spécifiques du diabète de type 1, permet d’évaluer le risque et d’intervenir avant les complications. À l’heure où les connaissances sur les déterminants précoces de la santé ne cessent de s’affiner, la pédiatrie entre dans une ère plus personnalisée, prédictive et préventive. L’enjeu, demain, sera de mieux identifier les enfants à risque, d’intervenir encore plus tôt et de réduire durablement le poids des maladies chroniques dès le plus jeune âge.
Christine Fallet
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Article extrait du dossier Grand Angle spécial Pédiatrie réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 11 juin 2026.
FAQ — Dossier Pédiatrie
1. Qu’est-ce qu’un retard de croissance chez l’enfant et à partir de quand faut-il s’inquiéter ?
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Un retard de croissance est une déviation de la courbe de taille de l’enfant, suivie via le carnet de santé ou en ligne. Comme l’explique la Pre Agnès Linglart, pédiatre à l’hôpital Bicêtre Paris-Saclay AP-HP et présidente de la Société française de Pédiatrie, toute déviation des courbes doit alerter, quel que soit l’âge : ce n’est pas qu’une question de stature, mais un indicateur global de la santé qui peut révéler une pathologie sous-jacente. Or le diagnostic est souvent posé trop tard, vers 8-9 ans, alors que le retard peut exister dès la naissance ou apparaître dès 2-3 ans. Les causes sont multiples : alimentation, hormones, maladies chroniques ou génétiques. Pour la Pre Linglart, un retard, même ancien, ne doit jamais être banalisé. Source : Retards de croissance : la vigilance s’impose (2026).
2. Les filles et les garçons sont-ils diagnostiqués de la même manière ?
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Non, et c’est une inégalité préoccupante. La Pre Agnès Linglart souligne qu’à fréquence égale entre les sexes, ce sont surtout les garçons que l’on amène en consultation. Les filles sont défavorisées dans l’accès au diagnostic, probablement à cause des stéréotypes de genre : face à un garçon petit on s’inquiète, tandis qu’on trouvera une fille petite « mignonne ». Pourtant, être petit durant l’enfance et à l’âge adulte altère la qualité de vie, avec des répercussions physiques (douleurs, déformations osseuses), psychologiques (perte de confiance en soi) et sociales (accès à certains métiers). Selon la présidente de la Société française de Pédiatrie, de nouveaux traitements ciblés existent désormais lorsqu’un gène responsable est identifié. Source : Retards de croissance : la vigilance s’impose (2026).
3. Peut-on dépister un diabète de type 1 avant l’apparition des symptômes ?
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Oui, répond le Dr Amar Bahloul, directeur médical Diabète chez Sanofi France. Une simple prise de sang permet de doser les auto-anticorps anti-îlots (IAA, GAD, IA-2 et ZnT8). La présence d’au moins deux de ces auto-anticorps signe l’entrée dans la maladie, bien avant tout symptôme. Le Dr Bahloul précise que ce dépistage est particulièrement pertinent chez les enfants ayant un parent, un frère ou une sœur diabétique, car le risque y est environ dix fois plus élevé. Il permet aux familles d’anticiper l’évolution, de bénéficier d’un suivi adapté et d’éviter une découverte en urgence sous forme d’acidocétose. Source : Diabète de type 1 : mieux comprendre l’évolution de la maladie chez l’enfant (2026).
4. Quels signes doivent faire penser à un diabète de type 1 chez un enfant ?
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Le Dr Amar Bahloul (Sanofi France) identifie quatre signes qui doivent alerter : une soif intense, des urines fréquentes, une fatigue inhabituelle et une perte de poids inexpliquée. En cas de doute, une consultation médicale est essentielle, car l’évolution peut être rapide chez l’enfant. Le danger est réel : environ un enfant sur deux est diagnostiqué au stade de l’acidocétose, une urgence potentiellement mortelle. Le Dr Bahloul rappelle aussi que dans 90 % des cas, aucun antécédent familial n’est retrouvé — la maladie peut donc survenir dans n’importe quelle famille. En France, près de 3 000 nouveaux cas pédiatriques sont diagnostiqués chaque année. Source : Diabète de type 1 : mieux comprendre l’évolution de la maladie chez l’enfant (2026).
5. Qu’est-ce que le microbiote de l’enfant et pourquoi est-il si important durant les premiers mois ?
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Le microbiote est l’ensemble des micro-organismes qui colonisent l’intestin dès les premières heures de vie. Comme l’explique Emmanuelle Bocandé, directrice médicale de PiLeJe, « les mille premiers jours, du début de la grossesse à l’âge de 2 ans, constituent une période clé, influençant durablement l’immunité et la santé globale, avec des étapes majeures comme la diversification alimentaire ». À l’issue de cette période, le microbiote atteint un premier palier de maturité, proche de celle de l’adulte. Certaines situations peuvent en perturber l’équilibre : antibiothérapies précoces, infections digestives ou changements alimentaires. Emmanuelle Bocandé insiste sur la nécessité de solutions tenant compte de la situation rencontrée et de l’âge de l’enfant. Source : Microbiote de l’enfant : un capital santé à préserver de manière adaptée (2026).
6. Comment protéger un nourrisson contre la bronchiolite à VRS, et tous les bébés sont-ils concernés ?
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Le Pr Jacques Brouard, pédiatre au CHU de Caen, rappelle que le virus respiratoire syncytial (VRS) infecte tous les nourrissons avant 2 ans ; 30 % des bébés infectés développent une bronchiolite, et même des enfants nés à terme et en bonne santé peuvent faire des formes sévères. Il décrit deux stratégies de prévention, en complément des gestes barrières : l’injection d’un anticorps monoclonal au nourrisson (immunisation passive) à la maternité, ou la vaccination de la mère pendant la grossesse, entre la 32e et la 36e semaine, qui transmet des anticorps au bébé. Les deux réduisent les hospitalisations d’environ 80 % avec une bonne tolérance. Le Pr Brouard souligne par ailleurs que le VRS ne provoque pas que des bronchiolites : il est aussi à l’origine d’otites et d’un surrisque d’asthme préscolaire. Source : Contribuer à protéger efficacement les nourrissons (2026).
7. Que faire pour les bébés nés en dehors de la saison hivernale du VRS ?
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C’est précisément le point faible actuel, selon le Pr Jacques Brouard (CHU de Caen). Les nourrissons nés avant ou pendant l’hiver sont protégés à la maternité, mais ceux nés en amont (de février à août) nécessitent un rattrapage en ville — qui est mal appliqué. Près de 50 % d’entre eux ne reçoivent pas l’injection et restent exposés, faute d’information suffisante ou de difficultés d’accès. Améliorer ce rattrapage, en s’appuyant sur la médecine de premier recours, est pour lui une priorité pour la prochaine saison. Du côté industriel, Lamia Boudiaf, directrice des Affaires médicales MSD France, confirme l’ambition de protéger tous les nourrissons, y compris ceux nés hors saison du VRS. Source : Contribuer à protéger efficacement les nourrissons (2026).
8. Quelles sont les principales erreurs à éviter dans l’alimentation d’un jeune enfant ?
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Le Dr Carole Rougé, responsable Affaires médicales & scientifiques Pédiatrie chez Danone Santé Nutrition, pointe plusieurs écueils fréquents. En l’absence d’allaitement, la seule alternative recommandée par les sociétés savantes est le lait infantile : les jus végétaux, comme le soja, sont inadaptés et à proscrire. L’arrêt trop précoce du lait de croissance est répandu en France et expose à une carence en fer, qui peut affecter la croissance, le développement et l’immunité. Enfin, il ne faut pas restreindre les lipides essentiels mais privilégier des apports équilibrés. Julie de Prittwitz, vice-présidente de Danone Santé Nutrition, rappelle que bien nourrir le nourrisson pendant les mille premiers jours contribue à prévenir les maladies chroniques. Source : Alimentation des enfants : apporter la santé à tous les âges de la vie (2026).
En savoir plus
- Pédiatrie : une période cruciale (2026) — article de référence
- Retards de croissance : la vigilance s’impose (2026) — Pre Agnès Linglart
- Diabète de type 1 : mieux comprendre l’évolution de la maladie chez l’enfant (2026) — Dr Amar Bahloul
- Microbiote de l’enfant : un capital santé à préserver de manière adaptée (2026) — Emmanuelle Bocandé
- Contribuer à protéger efficacement les nourrissons (2026) — Lamia Boudiaf, Pr Jacques Brouard
- Alimentation des enfants : apporter la santé à tous les âges de la vie (2026) — Julie de Prittwitz, Dr Carole Rougé















