Cancer : la nutrition au cœur du parcours de soins


L’intégration de la nutrition clinique dans la prise en charge du cancer : un enjeu majeur pour la préservation de l’état de santé du patient et l’efficacité de la prise en charge médicale.


Face au cancer, la prise en charge nutritionnelle devrait aujourd’hui faire partie intégrante du parcours de soins du patient. « On estime que 40 % d’entre eux en moyenne sont victimes de dénutrition, indique Guillaume Ulmann, Senior Medical Oncology chez Nutricia, une filiale de Danone spécialisée dans la nutrition médicale. Mais, en réalité, ce taux peut aller jusqu’à 80 % pour certaines localisations de cancers, en particulier ceux de la partie haute du tube digestif. » De nombreuses études attestent des liens délétères entre le cancer et la dénutrition. « Les traitements administrés aux patients sont à l’origine d’effets secondaires, comme les nausées, les diarrhées, les vomissements, qui réduisent la capacité des patients à s’alimenter et amoindrissent leur santé physique et psychologique, poursuit Guillaume Ulmann. D’autres données montrent par ailleurs que la perte de poids et de masse musculaire peut diminuer l’efficacité de certains traitements, en particulier l’immunothérapie. »


On estime que 40 % des patients, en moyenne, sont victimes de dénutrition. Mais ce taux peut aller jusqu’à 80 % pour les cancers de la partie haute du tube digestif.


Dès la pose du diagnostic, la surveillance du risque de dénutrition devient un enjeu clé de la prise en charge du patient. « Si son rôle est désormais bien compris par la communauté médicale, souligne Guillaume Ulmann, sa protocolisation, sa systématisation et son individualisation ne sont pas encore optimales. » La détection de la dénutrition passe par la surveillance régulière du poids et de l’IMC, ainsi que de la masse et de la force musculaire. « La mesure de ces paramètres, souvent complétée par une albuminémie, permet d’établir le stade de sévérité de la dénutrition », précise-t-il. Lorsqu’elle est avérée, il est alors essentiel d’informer et de former le patient sur la nécessité de veiller à son alimentation et d’engager, si nécessaire, un programme de nutrition clinique. Outre la prescription d’une alimentation enrichie hypercalorique et hyperprotidique, il peut être envisagé d’instaurer une nutrition artificielle, par voie entérale (voie d’abord nasogastrique ou gastrostomie) ou par voie parentérale (via les voies veineuses). « Si le consensus scientifique sur l’importance de la nutrition médicale est aujourd’hui bien établi, elle n’est pas encore suffisamment inscrite dans le parcours de soins des patients, estime Guillaume Ulmann. Et elle est insuffisamment valorisée, ce qui ne facilite pas l’individualisation des prises en charge pour les patients. »

Stéphane Corenc


© DR

Article extrait du dossier Grand Angle spécial Cancer réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 30 mai 2026.