Portée par les avancées technologiques et l’IA, la médecine de précision progresse rapidement, mais à des rythmes très différents selon les disciplines et les systèmes de santé. Son prochain défi : passer de la preuve de concept au déploiement à grande échelle.

La médecine de précision vise à cibler les causes de la maladie grâce à une compréhension fine de ses mécanismes. Si les technologies actuelles lui donnent une ampleur nouvelle, les avancées restent iné-gales. En oncologie, l’IA permet une personnalisation toujours plus poussée des traitements. Le Pr Jean-Yves Blay, oncologue, Directeur du Centre Léon Bérard et Président d’Unicancer, souligne : « Cette évolution conduit à une personnalisation toujours plus poussée de la prise en charge, jusqu’à envisager une adaptation plus fine des traitements et de leurs doses aux caractéristiques de chaque patient. » En cardiologie, le Pr Perry Elliott, Directeur du département Médecine cardiovasculaire à l’University Col-lege London, estime que la médecine de précision n’en est encore qu’à ses débuts. Des avancées existent déjà dans la personnalisation, mais l’enjeu reste de cibler les mécanismes de la maladie, voire d’en prévenir l’apparition chez les patients à risque « génétique identifié ». Selon le Pr Alexis Brice, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, la neurologie reste moins avancée que l’oncologie pour différentes raisons mais avec des avancées spectaculaires dans quelques maladies génétiques rares. Singapour, pays plus mature, offre un exemple concret de passage à l’échelle : « La médecine de précision s’inscrit dans une stratégie de santé nationale intégrant données génomiques, cliniques, environnementales et de mode de vie. Après une première phase portant sur 10 000 génomes, le programme vise désormais à couvrir environ 10 % de la population », déclare le Pr Soon Thye Lim, Directeur Général du Centre national du cancer de Singapour. La médecine de précision transforme aussi la prévention, en passant d’un dépistage standardisé à une logique d’interception fondée sur le risque individuel pour agir plus tôt, parfois avant l’apparition de la maladie. Mais l’information génétique ou moléculaire doit encore être intégrée au parcours de soins. Le passage à l’échelle repose autant sur la technologie que sur les compétences humaines, notamment celles des conseillers en génétique pour expliquer les résultats et accompagner les patients. La révolution de la médecine de précision est bien en cours ; son passage à l’échelle reste à construire.

Propos recueillis par Sandrine Mosetti-Guinot


Article extrait du dossier Grand Angle spécial Innovation réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté 27-28 septembre 2026.