Toutes les découvertes, même majeures, ne trouvent pas leur chemin jusqu’au patient.
Entre preuve de concept et application clinique s’étend la « valley of death » : un fossé où se heurtent financement, développement industriel, réglementation et accès. Recherche, industrie, autorités, payeurs et systèmes de soins avancent encore trop souvent selon des objectifs, des temporalités et des critères différents : c’est là que se crée la rupture. L’autre facette du décalage provient, comme l’analyse Sonja Marjanovic, Directrice de l’Innovation, de l’Industrie et des Politiques de Santé, RAND Europe, du fait que « les opportunités scientifiques et technologiques progressent aujourd’hui plus vite que la capacité de nos sociétés à y faire face ». Selon elle, « de nos jours, le potentiel scientifique est immense et les progrès médicaux sont extrêmement importants. Mais nombreux sont les domaines où des défis restent à relever : réglementation, politiques publiques, accès aux soins, financement des soins, compétences humaines et moyens numériques et matériels ». Ainsi, réduire le time-to-patient, c’est-à-dire le temps pour qu’une innovation thérapeutique soit mise à disposition des patients, suppose de construire des ponts tout au long de la chaîne.
Pour Sonja Marjanovic, aucun levier ne peut suffire isolément : « Il ne s’agit pas d’un mécanisme unique, mais de la manière dont les différents mécanismes interagissent. » Ainsi, qu’en est-il du bénéficiaire ultime de l’innovation thérapeutique, c’est-à-dire le patient ? Selon Serge Braun, Directeur Stratégie Neuromusculaire de Généthon, le patient peut aujourd’hui aussi être un acteur central de l’innovation : « Les patients représentent aujourd’hui une troisième voie, qui complète celles de la recherche académique et de la recherche privée. Il est essentiel que le regard change et reconnaisse davantage leur rôle, notamment leur contribution au processus d’innovation qui va bien au-delà du fait d’être simple destinataire du traitement. » L’enjeu n’est donc plus seulement de transformer une découverte en traitement, mais aussi de s’assurer que l’écosystème dans son entièreté peut l’absorber, la diffuser et la rendre accessible. C’est à ces conditions qu’elle peut se transformer en bénéfice concret pour la majorité des patients.
Propos recueillis par Sandrine Mosetti-Guinot
Article extrait du dossier Grand Angle spécial Innovation réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté 27-28 septembre 2026.













