L’équilibre fragile entre promesses scientifiques et contraintes économiques et politiques incite les décideurs en santé à actionner tous les leviers possibles pour favoriser l’innovation.
La puissance de l’innovation scientifique se confronte aujourd’hui à une réalité géopolitique, réglementaire, économique, organisationnelle et humaine. Dans le nouvel ordre mondial, l’enjeu n’est plus seulement d’innover, mais de convertir l’innovation en efficience, souveraineté et bénéfice patient. Le centre de gravité mondial de l’innovation se déplace vers la Chine. Selon André Chieng, Vice-Président du Comité France-Chine, « l’innovation est une priorité stratégique majeure en Chine, avec une progression spectaculaire de 3 à 30 % de l’innovation pharmaceutique mondiale entre 2020 et 2025 ». Les États-Unis, quant à eux, restent co-leaders de l’innovation pharmaceutique mondiale, avec 55 % des investissements mondiaux en recherche et développement. L’Europe a donc un défi à relever en matière de compétitivité et plusieurs leviers pourraient être actionnés : une recherche préclinique plus efficace, une transition plus rapide vers les essais cliniques et les patients, une clarification des règles sur les essais cliniques et les thérapies géniques et cellulaires, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement, une meilleure utilisation des financements, un cadre réglementaire plus réactif…. La Commission européenne s’est emparée de ces sujets avec deux initiatives phares : le « Biotech Act », qui vise à simplifier et renforcer les règles sur les essais cliniques et les thérapies géniques et cellulaires, et le « Critical Medicines Act », qui entend sécuriser les chaînes d’approvisionnement. L’optimisation de la recherche préclinique, visant notamment à réduire le nombre d’échecs avant les essais cliniques, s’orchestre désormais dans un contexte géopolitique où les ressources spécifiques ne peuvent plus être considérées comme acquises et où la problématique de la soutenabilité est devenue prégnante. En effet, les dépenses ne peuvent plus être mobilisées sans bénéfice pour des traitements inadaptés. Dans ce nouveau contexte, la médecine de précision s’impose comme une voie particulièrement prometteuse, en s’appuyant sur les biomarqueurs, l’intelligence artificielle et l’intégration croissante de données multiples permettant de mieux anticiper l’efficacité potentielle d’un nouveau traitement.
Sandrine Mosetti-Guinot
Article extrait du dossier Grand Angle spécial Innovation réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté 27-28 septembre 2026.













