Organisation • Le pari du partage de risque

Directrice générale de CSL en France, Karine Levesque appelle à bâtir un cadre plus adapté aux innovations de rupture dans le domaine de la santé.

Thérapies géniques et cellulaires, IA et algorithmes prédictifs, médecine connectée et capteurs sensoriels… dans l’univers de la santé, les innovations dites « de rupture » se démultiplient et s’accélèrent. Un phénomène appelé à transformer en profondeur le financement et l’organisation des soins. À défaut de s’y adapter, le risque est d’en limiter l’accès aux patients qui en ont besoin, notamment parce que cette innovation coûte cher à financer. « Même si de réels progrès ont été réalisés ces dernières années, nous devons améliorer le modèle de valorisation de ces innovations, estime Karine Levesque. Notre système de financement doit notamment s’appuyer sur des tarifications permettant un partage de risque entre le payeur public et les industriels qui conçoivent ces thérapies. » Son entreprise vient d’ailleurs de finaliser un des rares accords de ce type avec le Comité économique des produits de santé (CEPS) pour un médicament innovant.

Des délais à raccourcir

Longtemps en tête de l’Europe, la France perd du terrain depuis deux décennies. Près d’un médicament sur deux autorisé en Europe entre 2025 et 2026 n’y est ainsi pas disponible. « Les délais d’accès au marché pour les nouveaux médicaments sont parmi les plus élevés en Europe, soit 520 jours contre 57 en Allemagne, souligne Karine Levesque. Et le pays recule également en matière de recherche clinique, qui reste l’une des portes d’entrée essentielles pour attirer des investissements. Il faut changer d’esprit : la dépense pour l’innovation doit être pluri-annuelle et décloisonnée, avec l’ambition d’exploiter l’ensemble de son potentiel, en termes de santé mais également de retombées économiques pour l’avenir du pays.  »

Une politique globale

Au-delà des médicaments, c’est l’écosystème global de l’innovation en santé qui doit être revu. « Le soutien à l’innovation thérapeutique doit être complété par une meilleure organisation du parcours de soins des patients, afin de la rendre accessible aux patients qui en ont besoin, relève Karine Levesque. Il faut également s’appuyer davantage sur la donnée en vie réelle, de nature à mieux évaluer les impacts avérés de l’innovation. Enfin, le numérique et l’IA vont considérablement changer la donne de l’innovation en santé. Nous devons mieux intégrer ces technologies dans la définition de valeur de l’innovation en santé. »  • Isabelle Croisais

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Article extrait du Grand Angle financement de l’innovation en santé réalisé par CommEdition, parution dans Le Monde daté du 31 octobre 2026.