
Soumis à des contraintes budgétaires et tarifaires de plus en plus élevées, le secteur du médicament appelle les décideurs politiques à rénover le modèle de financement de ses produits.
Avec 335 milliards d’euros, les dépenses de santé, en France en 2025, représentaient 11,8 % du PIB, et environ 4 970 euros par habitant. Cette donnée calculée par l’Insee est appelée la « Dépense courante de santé », soit l’ensemble des dépenses de santé constatées dans le pays. Un agrégat plus précis, la Consommation de soins et de biens médicaux (CSBM), regroupe ce qui est effectivement payé chaque année par l’Assurance-Maladie, les assurances complémentaires et les assurés, soit près de 255 milliards d’euros. Ces montants illustrent deux réalités du système de santé. D’abord, c’est l’un des plus généreux.
La France est le 3e pays au monde en matière de dépenses, derrière les États-Unis et l’Allemagne. Et le reste à charge des patients – ce qu’ils doivent payer de leur poche – est l’un des plus faibles au monde, soit 495 euros par habitant. Second enseignement, la santé coûte de plus en plus cher. Avec le vieillissement de la population, la « pente » naturelle de la dépense est évaluée à 4 % par an. Mais, pour des raisons de maîtrise budgétaire, le Parlement vote chaque année un Objectif de dépenses d’Assurance-Maladie (Ondam) qui augmente entre + 2 % et + 3 % par an. Ce décalage explique en grande partie le célèbre « trou de la Sécu ». Le déficit s’accumule d’année en année, la dette est léguée aux générations futures par le biais de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades). Et, chaque année, le gouvernement tente d’imposer un plan d’économies, de l’ordre de 5 à 6 milliards d’euros d’économies, sans améliorer la structure du financement ni parvenir à une meilleure efficience. Selon l’OCDE, de 20 à 30 % de la dépense annuelle de santé seraient inutiles. Et la « pertinence des soins », si elle était bien appliquée, permettrait de résorber le déficit. Au moment du plan d’économies annuelles, la cible prioritaire reste toujours la même : les industriels du médicament et des dispositifs médicaux. Pour le médicament, plusieurs mécanismes s’ajoutent, entre une taxation annuelle fixe, des baisses de prix et des mesures de déremboursement, avec une facture moyenne de l’ordre de 3 milliards d’euros. Le secteur représente 50 % des économies, alors qu’il pèse pour moins de 9 % de la dépense. Aujourd’hui, les industriels du médicament tirent la sonnette d’alarme. À force de pression budgétaire, l’industrie du médicament perd du terrain. Leader européen il y a quinze ans dans le domaine de la recherche clinique, la France est aujourd’hui en 3e position. Or, ce secteur est stratégique pour le rayonnement de ses chercheurs et de ses cliniciens sur le plan mondial.
Les prix des médicaments en France sont parmi les plus bas des pays de l’OCDE. Et les délais d’accès au marché sont jugés désespérément longs, notamment parce que les conditions d’évaluation des produits sont particulièrement sévères. Face à ce faisceau d’indicateurs défavorables, les fabricants du médicament appellent à revoir les modalités de régulation du secteur. À défaut, le risque est que certaines entreprises renoncent à mettre leurs innovations à disposition des patients français. • Isabelle Croisais
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